Le hadith qui fonde le tri
Le texte est dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, n° 2263 : « quand le temps approche, le rêve du musulman ne mentira presque plus ; le plus véridique d’entre vous en rêve est le plus véridique en parole ; le rêve du musulman est une part sur quarante-cinq de la prophétie ; les rêves sont trois, la vision bonne, annonce venue d’Allah, une affliction venue du diable, et ce dont l’homme s’entretient avec lui-même ; et que celui d’entre vous qui voit ce qu’il déteste se lève, prie, et n’en parle pas aux gens ».
Al-Mazrūʿī, dans un article publié sur le site Baynoona, donne ce même texte mais s’arrête à « se lève et prie ». Il rattache le hadith à Aḥmad, Muslim, Abū Dāwūd et at-Tirmidhī. En note, il renvoie à Muslim (n° 2263), at-Tirmidhī (n° 2270), Abū Dāwūd (n° 5019) et au Musnad d’Aḥmad, dont le livre n’a pas vérifié le numéro. Al-Ṭayyār écrit « le croyant » au lieu de « le musulman », dans un autre ordre et sans la part de prophétie. Al-Madrī ne garde que la division.
Le hadith nomme les trois catégories. Il ne dit pas comment les reconnaître.
La ruʾyā est la vision véridique, celle qui vient d’Allah. Le ḥulm est le mauvais rêve, celui que le diable envoie. Le ḥadīth an-nafs, le discours de l’âme, est le rêve où l’homme retrouve ce qui l’occupait éveillé. Les aḍghāth aḥlām sont l’amas de songes sans lien ni ordre. Le taʿbīr désigne l’interprétation des rêves, et le taʾwīl la lecture du sens caché sous le symbole.
Seule la vision venue d’Allah s’interprète
L’interprète regarde d’abord de laquelle des trois catégories relève le rêve qu’on lui apporte. Si le rêve vient du diable ou de l’âme, il n’a rien à en faire.
Deux auteurs en font une consigne de méthode. Al-Miftāḥ, c’est-à-dire Saʿīd ibn ʿAlī Buwāḥ, écrit que des trois catégories seule celle qui vient d’Allah entre en ligne de compte, les deux autres n’étant que des songes confus. Il n’entame ses douze étapes qu’après s’être assuré de ce point. Al-Wadʿān fait de ce regard le premier que porte le savant du taʿbīr sur une vision qu’on lui soumet.
Al-Baghawī (raḥimahu Llāh) compte autrement : il trie en deux. Il s’appuie sur le hadith d’Abū Saʿīd al-Khudrī (raḍiya Llāhu ʿanhu) : ce que le dormeur aime vient d’Allah, ce qu’il déteste vient du diable. Son texte parvient au livre par une compilation française expliquée par ʿAbdallāh ibn Jārullāh. Cette compilation renvoie à al-Bukhārī (n° 6985).
Dans les sources du livre, le texte arabe de ce hadith ne vient que d’al-Ṭayyār. Celui-ci le fait précéder d’une phrase du hadith d’Abū Qatāda (raḍiya Llāhu ʿanhu) et l’imprime ainsi : « la vision véridique vient d’Allah, et le ḥulm vient du diable ». Al-Bukhārī écrit : « la vision bonne vient d’Allah, et le ḥulm vient du diable » (n° 6986 et 6995).
Al-Madrī pose la même opposition avant de compter. La vision vient d’Allah, en annonce ou en avertissement. Le ḥulm est jeté par le diable dans l’imagination, pour attrister l’homme, brouiller sa religion et l’écarter du bien.
Trois catégories chez les uns, deux chez al-Baghawī : le nombre change, le point d’application reste le même. Seul ce qui vient d’Allah s’interprète.
Le rêve du diable
Les deux catégories écartées ont le même sort et une origine différente.
Pour al-Miftāḥ, le rêve du diable est nul. Il le décrit comme pure frayeur, jeu et intimidation, envoyés pour attrister le fils d’Adam. Il cite le hadith de Jābir (raḍiya Llāhu ʿanhu). Un bédouin vint trouver le Prophète ﷺ et lui dit : « j’ai rêvé que ma tête était coupée et je la poursuivais ». Le Prophète ﷺ le reprit et dit : « ne raconte pas le jeu du diable avec toi dans ton sommeil ». Al-Miftāḥ donne en note la référence Muslim n° 2268.
Ce dernier mot appartient au Prophète ﷺ. Al-Miftāḥ le rapporte ; il ne le pose pas comme sa propre règle.
Al-Ṭayyār dit la même chose du rêve satanique. Il le présente en miroir des signes de la vision saine : s’il comporte tristesse, illusions et peur, on ne s’y arrête pas. Il le répète en concluant sur la demande d’interprétation. On ne se tourne pas vers un tel rêve, et on ne le raconte à personne.
Ne pas interpréter ne veut pas dire ne rien faire. Le rêveur cherche refuge, prie et garde le silence. Ces gestes font l’objet du chapitre 3 du livre.
Le discours de l’âme
Al-Miftāḥ range dans cette catégorie ce que la personne se propose, souhaite, aime, ou ce dont elle s’occupe éveillée, et qu’elle revoit en dormant.
L’étudiant absorbé par son examen se voit le passer. Celui que le départ occupe se voit voyager. Rien de cela ne s’interprète.
Al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī (raḥimahu Llāh, mort en 697 H) arrive au même résultat par une autre porte. Il partage les rêves entre le sain et le faux, et le discours de l’âme ouvre sa liste du faux. Al-Miftāḥ et lui s’accordent pour exclure cette catégorie de l’interprétation. Ils diffèrent sur son rang : chez al-Miftāḥ, elle est l’une des trois catégories du hadith ; chez al-Shihāb al-ʿĀbir, elle ouvre le faux.
Le ḥulm, l’amas confus et la vision véridique
Al-Madrī sépare deux choses qu’on confond. Les aḥlām sont des images que le diable dicte à l’homme pour l’attrister, brouiller sa religion et l’écarter du bien. Les aḍghāth sont des images sans lien ni règle, qui inquiètent et effraient le dormeur, sans venir du diable.
Il appuie cette distinction sur un récit qu’il rapporte de ʿAlī ibn Abī Ṭālib (raḍiya Llāhu ʿanhu) répondant à ʿUmar (raḍiya Llāhu ʿanhu). L’homme a deux esprits. Quand il dort, l’un sort et visite le proche et le lointain, l’ami et l’ennemi. Ce que cet esprit perçoit dans le royaume des cieux est la vision véridique ; ce qu’il perçoit dans l’air est l’amas confus. Al-Madrī ne donne aucune chaîne de transmission. Le livre rapporte ce récit comme al-Madrī le cite, et non comme une preuve.
Al-Ṭayyār cite as-Saʿdī, ʿAbd ar-Raḥmān ibn Nāṣir (raḥimahu Llāh), qui distingue deux sortes d’amas confus sans interprétation. La première prolonge en songe une pensée longtemps tournée et retournée éveillé. La seconde est jetée par le diable sur l’âme du dormeur, en images menteuses et en sens désordonnés.
Le même as-Saʿdī définit ensuite la vision authentique. Elle est une inspiration qu’Allah accorde à l’âme quand elle se détache du corps pendant le sommeil. Elle peut aussi être une parabole que l’ange frappe pour l’homme, afin qu’il y comprenne ce qui le concerne. Parfois, la chose se montre telle qu’elle est, et son interprétation est alors ce qu’on en a vu.
Ce que disent les autres règles
Les règles 7 à 9 ouvrent le chapitre 2 du livre, consacré au tri du rêve avant son interprétation ; la règle 14 ouvre sa partie sur la vision véridique. La règle 10 traite du rêve entièrement embrouillé, qu’Ibn Qutayba al-Dīnawarī (raḥimahu Llāh) rejette. Les règles 11 et 12 exposent le rêve faux d’al-Shihāb al-ʿĀbir, ses cinq catégories et le sort d’un ajout d’un autre genre. La règle 13 donne la question à poser au rêveur avant d’interpréter, et la règle 15 sépare la vision claire de la vision symbolique. Les règles 16 à 21 rassemblent les signes de la vision véridique. Les règles 23 et 24 donnent ceux du rêve du diable, la règle 25 ceux du discours de l’âme, et la règle 22 achève le tri par retranchement. Les règles 26 à 28 portent sur ce que le diable ne peut pas imiter et les règles 29 à 33 sur le poids du rêveur dans le tri.
En bref
Selon le hadith d’Abū Hurayra rapporté par Muslim (n° 2263), les rêves sont trois : la vision bonne venue d’Allah, l’affliction venue du diable et le discours de l’âme. Al-Miftāḥ et al-Wadʿān font de ce tri la première étape du travail de l’interprète, car seule la vision venue d’Allah s’interprète. Le rêve du diable ne se raconte pas, comme le Prophète ﷺ l’a dit au bédouin. Le discours de l’âme rend ce qui occupait le rêveur éveillé. Al-Madrī distingue encore le ḥulm, dicté par le diable, de l’amas confus qui ne vient pas de lui.
- Règle 7. Trois catégories, une seule s'interprète (chapitre 2)
- Règle 8. Ce qui ne s'interprète pas (chapitre 2)
- Règle 9. Ce qui ne s'interprète pas (chapitre 2)
- Règle 14. Le ḥulm, l'amas confus, et la vision (chapitre 2)
- Plusieurs personnes font le même rêve : ce qu’en dit l’islam
- Comment savoir si un rêve est véridique en islam : les signes
- Le rêve d’un non-musulman a-t-il une valeur en islam ?
- Rêver de ce à quoi on pense le jour s’interprète-t-il en islam ?
- À quoi reconnaît-on un rêve qui vient du diable en islam ?
- Voir le Prophète ﷺ en rêve en islam : que vaut cette vision ?
Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.