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Règles du ta'bîr · question

Rêver de ce à quoi on pense le jour s’interprète-t-il en islam ?

Non. Le rêve où vous retrouvez ce qui vous occupait éveillé s’appelle le discours de l’âme, et il ne s’interprète pas. Le fondement est un hadith d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu) rapporté par Muslim (n° 2263) : les rêves sont trois, et le troisième est « ce dont l’homme s’entretient avec lui-même ». Al-Miftāḥ, auteur contemporain, en donne des exemples et des signes. Al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī (raḥimahu Llāh, mort en 697 H) ajoute une question à poser au rêveur avant d’interpréter.

Une règle, une réponse · règles 9, 25, 13

Trois sortes de rêves, une seule s’interprète

Le hadith d’Abū Hurayra les divise ainsi : « les rêves sont trois, la vision bonne, annonce venue d’Allah, une affliction venue du diable, et ce dont l’homme s’entretient avec lui-même ». Chacune de ces catégories porte un nom. La ruʾyā est la vision véridique, celle qui vient d’Allah. Le ḥulm est le mauvais rêve que le diable envoie. Le ḥadīth an-nafs, le discours de l’âme, est le rêve où l’homme retrouve ce qui l’occupait éveillé.

Seule la première relève du taʿbīr, l’interprétation des rêves. Al-Miftāḥ, c’est-à-dire Saʿīd ibn ʿAlī Buwāḥ, l’écrit nettement : des trois catégories, seule celle qui vient d’Allah entre en ligne de compte, les deux autres n’étant que des songes confus. Il n’entame les douze étapes de sa méthode qu’après s’être assuré de ce point. Avant de chercher le sens d’un symbole, l’interprète se demande donc si le rêve contient quelque chose à interpréter.

Ce que l’âme se raconte la nuit

Al-Miftāḥ range dans le discours de l’âme ce que la personne se propose, souhaite, aime, ou dont elle s’occupe éveillée, et qu’elle revoit en dormant. Ses exemples sont simples. L’étudiant absorbé par son examen se voit le passer. Celui que le départ occupe se voit voyager. Rien de cela ne s’interprète.

Al-Shihāb al-ʿĀbir arrive au même résultat par une autre porte. Il partage les rêves entre le sain et le faux. Le faux n’a pas de statut, et sa première catégorie est le discours de l’âme : ce que l’homme s’est dit éveillé et qu’il revoit en dormant. L’habitude entre dans le même compte. Il ouvre son livre par le faux et il dit pourquoi : le faux est rare, et qui le connaît sait que le reste est sain.

Les deux hommes s’accordent pour exclure ce rêve de l’interprétation. Ils diffèrent sur son rang. Chez al-Miftāḥ, il est l’une des trois catégories du hadith. Chez al-Shihāb al-ʿĀbir, il ouvre la liste du faux, à côté de quatre catégories que produit la domination d’une humeur du corps.

Une troisième voix confirme. Al-Ṭayyār cite as-Saʿdī, ʿAbd ar-Raḥmān ibn Nāṣir (raḥimahu Llāh), qui compte parmi les amas confus sans interprétation celui qui prolonge en songe une pensée longtemps tournée et retournée éveillé.

Le livre précise que cette exclusion supprime l’interprétation, non la réaction. La conduite du rêveur devant un rêve qu’il déteste, le refuge, la prière et le silence, fait l’objet du chapitre 3.

Les signes qui le trahissent

Le hadith nomme les catégories sans dire comment les reconnaître. Des auteurs contemporains ont dressé des listes de signes. Le livre le dit sans détour : ces listes sont de leur main, et il ne leur a trouvé aucun appui chez les anciens. Il les a regroupées par objet et a nommé, pour chaque signe, celui qui l’ajoute.

Al-Miftāḥ donne quatre signes du discours de l’âme. Le livre en retient ces traits :

Le plus utile des quatre est le deuxième, celui de l’ordre : tout rêve rattaché à un événement, qui enchaîne des faits sans aboutir à un résultat, n’est que discours de l’âme, sans portée ni interprétation.

Al-Ṭayyār fait du discours de l’âme le troisième signe de sa liste, pris du côté du dormeur. Si l’homme s’endort l’esprit occupé par une chose, ce qu’il voit est le plus souvent ce qu’il se raconte à lui-même. Celui qui a soif se voit boire. Celui qui a faim se voit manger.

La question de la soif

La règle 13, d’al-Shihāb al-ʿĀbir, fait passer ce tri du regard à la parole. C’est la seule du chapitre qui le fasse.

Quelqu’un vous dit avoir bu de l’eau en rêve. Avant de chercher un sens, al-Shihāb al-ʿĀbir demande à l’interprète de lui poser une question : t’es-tu réveillé avec soif ?

Si la réponse est oui, le rêve n’a pas de statut. Si la soif n’existait pas à l’état de veille, l’interprétation devient possible. L’auteur énumère alors ce que le rêve peut valoir à celui qui a goûté cette boisson : un repos, des connaissances, une sortie de maladie.

Al-Ṭayyār fait la même observation avec son exemple de l’assoiffé qui se voit boire. Il en tire un signe à reconnaître, là où al-Shihāb al-ʿĀbir en tire une question à poser.

Si le rêve contient autre chose

Un rêve nourri par vos pensées du jour peut porter un élément de plus. La règle 12, d’al-Shihāb al-ʿĀbir, tranche ce cas. Si l’ajout est du même genre que le faux, il ne vaut rien. S’il est d’un autre genre, l’interprète laisse le faux de côté et ne parle que de l’ajout. Le discours de l’âme ne s’étend donc pas à tout le rêve.

Ce que disent les autres règles

Ces trois règles appartiennent au chapitre 2, consacré au tri du rêve avant son interprétation. La règle 7 pose la division en trois catégories et réserve l’interprétation à celle qui vient d’Allah. La règle 8 écarte le rêve du diable, dont les signes occupent les règles 23 et 24. La règle 10 traite du rêve entièrement embrouillé selon Ibn Qutayba, les règles 11 et 12 du rêve faux selon al-Shihāb al-ʿĀbir, la règle 14 de la distinction entre ḥulm, amas confus et vision. La règle 22 ferme le tri par retranchement : selon al-Miftāḥ, toute vision dépourvue des signes du discours de l’âme et des signes du rêve du diable relève d’Allah. Les signes de la vision véridique sont aux règles 16 à 21.

En bref

Le rêve qui reprend vos préoccupations du jour est un discours de l’âme, troisième catégorie du hadith d’Abū Hurayra rapporté par Muslim. Al-Miftāḥ et al-Shihāb al-ʿĀbir s’accordent pour ne pas l’interpréter. On le reconnaît à son lien avec ce qui occupe le rêveur et à son désordre : il enchaîne des faits sans aboutir. Avant d’interpréter un rêve où l’on boit de l’eau, demandez au rêveur s’il s’est réveillé avec soif. Si le rêve porte un élément d’un autre genre, seul cet ajout s’interprète.

Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.

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