D’où viennent ces signes
Le point de départ est un hadith d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu), dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, n° 2263. On y lit notamment : « le plus véridique d’entre vous en rêve est le plus véridique en parole ». Le même hadith partage les rêves en trois : « la vision bonne, annonce venue d’Allah, une affliction venue du diable, et ce dont l’homme s’entretient avec lui-même ».
Ces trois catégories portent des noms. La ruʾyā est la vision véridique. Le ḥulm est le mauvais rêve que le diable envoie. Le ḥadīth an-nafs, le discours de l’âme, est le rêve où vous retrouvez ce qui vous occupait éveillé. Seule la première s’interprète.
Le hadith nomme les catégories. Il ne dit pas comment les reconnaître. Al-Ṭayyār compte quatre signes de la vision saine. Al-Miftāḥ dresse une liste pour chaque catégorie. Ash-Shuwayer retient deux marques. Le livre le précise : ces listes sont de leur main, et il ne leur a trouvé aucun appui chez les anciens. Il les a regroupées par objet et nomme, pour chaque signe, celui qui l’ajoute. Cette page les range de la même façon.
Des contours nets, et rien d’impossible (règles 16 et 17)
Le premier signe d’al-Ṭayyār demande une vision pure d’amas confus et d’illusions qui effraient ou inquiètent. Ash-Shuwayer en fait sa première marque : pas de scènes terrifiantes ni brouillées, mais une affaire claire et nette. Al-Miftāḥ ouvre sa liste par « des contours nets ». Il ajoute qu’il n’y a ni équivoque, ni mélange, ni contradiction.
Les trois auteurs disent donc la même chose. La vision véridique forme une scène qui se tient, non un tas d’images.
Le deuxième signe d’al-Ṭayyār est une mesure de raison. La vision doit être de celles qu’on pourrait concevoir éveillé. Elle ne réunit pas deux états contraires dans la même chose. Son exemple : voir un homme debout et assis en même temps.
Une vision suivie, rare et retenue (règles 18 et 19)
Le quatrième signe d’al-Ṭayyār demande que la vision se prête à l’interprétation. Elle doit aussi s’accorder avec ce qui est inscrit sur la Table gardée. Si vous voyez tantôt ceci, tantôt cela, la vision n’est pas dite bonne et véridique. L’interprétation réclame un ordre sur lequel travailler.
Al-Miftāḥ formule la même idée autrement. La vision qui vient d’Allah est courte. Même longue, elle reste enchaînée et tenue.
Il compte aussi la rareté et la mémoire parmi les signes :
- la vision se produit rarement ;
- elle reste gravée dans l’esprit du rêveur jusque dans ses plus fins détails ;
- elle a un début et une fin.
Elle annonce un bien, elle appelle au bien (règles 20 et 21)
La deuxième marque d’ash-Shuwayer est l’annonce. Il l’appuie sur la parole du Prophète ﷺ : « ô gens, il ne reste des annonciatrices de la prophétie que la vision bonne » (Muslim, n° 479, d’après Ibn ʿAbbās (raḍiya Llāhu ʿanhumā) ; al-Bukhārī en donne l’équivalent au n° 6990).
Puis il nuance. La vision peut avertir. Pour certaines affaires, l’avertissement est lui-même une annonce, puisqu’il prévient avant l’événement. Ash-Shuwayer renvoie en passant à la vision qu’ʿUmar (raḍiya Llāhu ʿanhu) eut avant sa mort, sans en donner le détail.
Al-Miftāḥ tient la même ligne et sépare les deux cas. Dans la vision qui annonce, l’atmosphère apaise l’âme et le rêveur ressent une quiétude. L’avertissement, lui, peut effrayer : c’est une mise en garde contre une punition dans ce monde ou dans l’autre. Dans les deux cas, la vision paraît clairement pour ce qu’elle est, bonne nouvelle divine ou avertissement d’Allah.
Le dernier signe de sa liste regarde le contenu. La vision qui vient d’Allah porte sur le maintien des liens de parenté, la crainte d’Allah, la restitution des droits, un rappel, une promesse, un engagement. Elle peut aussi orienter vers l’abandon d’un péché et le retour à Allah. Ce sont des choses du genre de celles qu’ont apportées les prophètes.
Al-Miftāḥ y joint un signe pris dans le rêveur. Son cœur lui dit d’interpréter cette vision et de ne pas la laisser, sans qu’il sache ce qui l’y pousse.
Trier par retranchement (règle 22)
Al-Miftāḥ ferme sa liste par une règle qui donne au tri sa méthode : toute vision dépourvue des signes du discours de l’âme et des signes du rêve du diable relève d’Allah.
Vous ne cherchez donc pas un signe unique qui prouverait qu’une vision vient d’Allah. Vous présentez la vision aux signes des deux autres catégories. Si elle en est exempte, elle vient d’Allah.
Cette règle ne s’applique qu’après les deux autres listes. Le livre la place donc après les signes du rêve du diable et du discours de l’âme, alors que son numéro est plus bas.
Une fois la vision reconnue : claire ou symbolique (règle 15)
Une vision reconnue véridique reste à classer. Al-Miftāḥ en distingue deux sortes.
La première est claire et explicite. Elle ne demande aucun taʾwīl, c’est-à-dire aucune lecture du sens caché sous le symbole. Al-Miftāḥ la dit très rare. Ses exemples : on se voit recevoir de l’argent en rêve et on le reçoit éveillé ; on se voit accomplir le pèlerinage et on l’accomplit ; on se voit marié et on se marie ; on se voit voyager et on voyage.
La seconde est symbolique et demande un taʾwīl. C’est, écrit-il, le cas de la plupart des rêves des gens. Sa page cite une phrase entre guillemets : par principe, le rêve ne se prend pas toujours à la lettre et demande une interprétation. Cette phrase n’est pas de lui. Il la renvoie en note à un ouvrage contemporain.
Al-Mazrūʿī pose la même division et resserre la première sorte. Il la réserve aux prophètes, aux véridiques, aux martyrs et aux gens de bien. Son exemple est la vision d’Ibrāhīm (ʿalayhi s-salām) immolant Ismāʿīl (ʿalayhi s-salām). La divergence porte sur les personnes, pas sur l’existence de la catégorie. Le livre ne tranche pas.
Pour la sorte symbolique, al-Mazrūʿī prend une vision que le Prophète ﷺ a interprétée lui-même : celle des dattes fraîches d’Ibn Ṭāb. Le Prophète ﷺ y lut l’élévation pour eux dans ce monde, la belle fin dans l’autre, et que leur religion était devenue bonne (Muslim, n° 2270).
Al-Wadʿān fait de ce partage sa deuxième étape. La vision reconnue véridique, on écarte le reste, puis on demande si elle est manifeste ou voilée. La manifeste se lit selon son apparence, telle que le rêveur l’a vue, ou telle qu’elle a été vue pour lui. Il appuie cette sorte sur la parole de ʿĀʾisha (raḍiya Llāhu ʿanhā) : la révélation commença pour le Messager d’Allah ﷺ par la vision bonne pendant le sommeil, et il ne voyait pas une vision sans qu’elle vînt comme le lever du jour (al-Bukhārī, n° 3).
Al-Wadʿān ajoute une réserve : la lecture apparente reste tenue par la situation réelle du rêveur. Son exemple est celui du rêveur qui voit son père, ou de la femme qui voit son mari, homme aisé, lui donner de l’argent, alors que le besoin d’argent existe à l’état de veille.
Ce que disent les autres règles
Ces règles appartiennent au chapitre 2, consacré au tri du rêve avant son interprétation. La règle 7 pose les trois catégories du hadith et n’en retient qu’une pour l’interprétation. Les règles 8 et 9 écartent le rêve du diable et le discours de l’âme. La règle 13 décrit la question à poser à celui qui a bu de l’eau en rêve, et la règle 14 distingue le ḥulm, l’amas confus et la vision. Les signes du rêve du diable font les règles 23 et 24, ceux du discours de l’âme la règle 25 : la règle 22 ne s’applique qu’avec elles. Les règles 26 à 28 traitent de ce que le diable ne peut pas imiter, dont la vision du Prophète ﷺ. La règle 33 traite du cas où plusieurs rêveurs voient la même chose. La conduite à tenir devant un rêve qu’on déteste occupe le chapitre 3 ; le rêve qui pousse à contredire la religion, le chapitre 5.
En bref
La vision véridique vient d’Allah, et les contemporains al-Ṭayyār, al-Miftāḥ et ash-Shuwayer en ont décrit les signes, sans appui trouvé chez les anciens. Elle est claire, concevable à l’état de veille, ordonnée, rare et retenue dans ses détails. Elle annonce un bien ou avertit, et son contenu appelle au bien. Pour trier, vous la comparez aux signes du rêve du diable et du discours de l’âme : si elle n’en porte aucun, elle vient d’Allah. Il reste alors à savoir si elle se lit à la lettre ou demande une interprétation, ce qui est le cas de la plupart des rêves.
- Règle 15. Vision claire, vision symbolique (chapitre 2)
- Règle 16. Des contours nets, et rien d'impossible (chapitre 2)
- Règle 17. Des contours nets, et rien d'impossible (chapitre 2)
- Règle 18. Suivie, retenue, rare (chapitre 2)
- Règle 19. Suivie, retenue, rare (chapitre 2)
- Règle 20. Elle annonce un bien, elle appelle au bien (chapitre 2)
- Règle 21. Elle annonce un bien, elle appelle au bien (chapitre 2)
- Règle 22. Ce qui reste quand on a écarté le reste (chapitre 2)
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Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.