- Savoir que la bonne vision vient d'Allah
- Louer Allah pour une bonne vision
- S'en réjouir
- Ne la raconter qu'à quelqu'un qu'on aime
- Ne pas la raconter à un envieux, à un ennemi ni à un ignorant
- Tant qu'elle n'est pas racontée, la vision reste en suspens
- Un savant, un conseiller sincère, un homme de jugement ou un ami cher
- Chercher le plus compétent quand il y en a un
- Raconter soi-même sa vision à l'interprète
- Tout raconter, sans rien omettre
- Raconter le rêve tel quel, sans rien y ajouter
- Ne pas mentir sur un rêve
- Ne pas tirer vanité de sa vision
- Agir selon l'avertissement ou l'orientation que la vision contient
- Demander l'interprétation d'une bonne vision, après s'en être remis à Allah
- Chercher refuge auprès d'Allah contre son mal
- Chercher refuge contre le diable
- Crachoter légèrement trois fois à sa gauche
- Se tourner de l'autre côté
- Se lever et prier
- Ne la raconter à personne
- Être certain qu'elle ne nuira pas
- Lire Āyat al-Kursī, de préférence au moment de se coucher
- Dire au réveil une formule de refuge précise
- Si la peur persiste : ablutions, prière, aumône et invocation
- Réunir les versions et appliquer ce qu'elles contiennent
- La prière réunit à elle seule la plupart de ces gestes
- Ne pas faire interpréter tout ce qu'on voit
- La Sunna ne prescrit pas de porter ses rêves à un interprète
- Craindre Allah à l'état de veille, sachant que toute vision ne s'interprète pas
- L'angoisse qui demeure après une vision
- Dormir en état de pureté rituelle
- Faire de la véracité son caractère
- S'astreindre à la chasteté
- Les invocations du coucher protègent des visions détestées
Texte intégral du chapitre, tiré du livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), signé Décrypteur.
La matière vient de six sources, et aucune n’est un livre ancien dont nous ayons le texte imprimé. La plus fournie est la Risāla fī faḍl ar-ruʾyā wa ḍawābiṭ taʿbīrihā de ʿAbdallāh ibn Muḥammad al-Ṭayyār, qui énumère des points pour la vision qu’on aime, des conduites pour le mauvais rêve, des remarques sur ces conduites, puis des règles finales. Vient ensuite al-Miftāḥ fī ʿilm taʿbīr ar-ruʾyā de Saʿīd ibn ʿAlī Buwāḥ, qui donne deux listes numérotées sans explication. Puis un article, Qawāʿid wa aḥkām ar-ruʾā wa-l-aḥlām d’Ibrāhīm ibn ʿAbdallāh al-Mazrūʿī, publié sur le site Baynoona, qui est un cours écrit où chaque conduite reçoit sa preuve. Puis Fassir aḥlāmaka bi-nafsika d’Amīr ibn Muḥammad al-Madrī, ar-Ruʾā wa-l-aḥlām de ʿAbd as-Salām ibn Muḥammad ash-Shuwayer, qui est une suite de questions et de réponses, et Kayfa tuʿabbar ar-ruʾyā ? de Muḥammad al-Wadʿān. Al-Baghawī (raḥimahu Llāh) et Ibn Qutayba (raḥimahu Llāh) ne nous sont parvenus qu’en traduction française : nous les rapportons sans les citer.
La numérotation des règles est celle de ce livre. Les auteurs comptent leurs listes autrement, et chacun autrement que son voisin ; le chapitre le dit une fois, à l’endroit où l’écart compte. L’ordre suivi est celui que rencontre le rêveur : ce qu’il fait d’une bonne vision, à qui il la raconte, comment il la raconte, ce qu’il fait devant une mauvaise, la mesure à garder, et ce qu’il prépare avant de dormir.
Ce qu’on fait d’une bonne vision
Règle 34Savoir que la bonne vision vient d’Allah
La première de ces règles demande un savoir avant tout geste. Al-Ṭayyār place en tête de ce qu’il prescrit au rêveur qui aime ce qu’il a vu : savoir que cela vient d’Allah, d’après la parole du Prophète ﷺ « la vision bonne vient d’Allah ». Il ajoute que rapporter la vision à Allah est une marque d’honneur, car tout procède de Lui, le ḥulm compris. Le ḥulm est le rêve qui vient du diable, trié au chapitre 2 (règle 7) : le partage n’est donc pas un partage de création, mais de dignité. Les deux règles suivantes tiennent à ce savoir.
Règle 35Louer Allah pour une bonne vision
Al-Mazrūʿī appuie le premier adab, c’est-à-dire la première conduite prescrite, sur le hadith d’Abū Saʿīd al-Khudrī (raḍiya Llāhu ʿanhu). Le Prophète ﷺ y dit : « si l’un de vous voit une vision qu’il aime, elle vient d’Allah : qu’il loue Allah pour elle et qu’il en parle ; et s’il voit autre chose, qui lui déplaît, cela vient du diable : qu’il cherche refuge contre son mal et n’en parle à personne, elle ne lui nuira pas. » Il le rapporte à al-Bukhārī ; le hadith y porte le n° 6985. C’est le premier des neuf adab d’al-Miftāḥ, le deuxième des quatre points d’al-Ṭayyār, la première des quatre choses qu’al-Madrī recommande. Al-Baghawī joint d’emblée la louange, la joie et le choix du confident.
Règle 36S’en réjouir
Al-Mazrūʿī appuie la deuxième conduite sur le hadith d’Abū Qatāda (raḍiya Llāhu ʿanhu), qu’il rapporte à Muslim, n° 2261 : « s’il voit une belle vision, qu’il s’en réjouisse et n’en parle qu’à qui il aime. » Deuxième des neuf dans al-Miftāḥ, deuxième des quatre chez al-Madrī, qui résume ce qui est recommandé à celui qui voit une bonne vision : louer Allah, s’en réjouir, la raconter à qui il aime sans la raconter à qui il n’aime pas, et lui donner une interprétation bonne et juste. Les deux premières choses sont ces deux règles, la troisième est celle qui suit, la quatrième ferme la série.
À qui la raconter
Règle 37Ne la raconter qu’à quelqu’un qu’on aime
Le récit est permis, et il n’est pas permis à n’importe qui. Le hadith est celui d’Abū Salama (raḥimahu Llāh) d’après Abū Qatāda, et son texte est dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, n° 2261 : « la vision bonne vient d’Allah : si l’un de vous voit ce qu’il aime, qu’il n’en parle qu’à qui il aime ; et s’il voit ce qu’il déteste, qu’il crachote trois fois vers sa gauche, qu’il cherche refuge auprès d’Allah contre le mal du diable et contre son mal, et qu’il n’en parle à personne, elle ne lui nuira pas. » C’est le texte qu’impriment al-Mazrūʿī et al-Wadʿān. Al-Mazrūʿī le rapporte à al-Bukhārī, n° 7044, et à Muslim, n° 2261 ; al-Wadʿān à Muslim seul. Le rattachement aux deux Ṣaḥīḥ est juste, mais le texte cité est celui de Muslim : al-Bukhārī, au n° 7044, écrit « la vision belle vient d’Allah », place la demande de refuge avant le crachotement et ne dit pas « vers sa gauche ». Sa version est donnée en entier à la règle 59. C’est la troisième conduite chez al-Mazrūʿī, la troisième des neuf dans al-Miftāḥ, le troisième des quatre points d’al-Ṭayyār, la troisième des quatre choses d’al-Madrī. Ash-Shuwayer en fait la première chose que le Prophète ﷺ a indiquée pour la vision de bien, et il en donne la raison : elle est un bien, elle porte une bonne nouvelle, et il y a là un profit pour cet homme. Al-Mazrūʿī ajoute à l’affection une seconde condition, la confiance : à qui l’on aime et en qui l’on a confiance. Les deux vont souvent ensemble, et parfois non, car on peut aimer quelqu’un à qui l’on ne confierait pas une parole.
Règle 38Ne pas la raconter à un envieux, à un ennemi ni à un ignorant
Al-Ṭayyār, dans les règles qui ferment sa risāla, l’écrit sans détour : ne pas raconter sa vision à un ignorant ni à un ennemi. Al-Baghawī fonde la même chose sur la parole de Yaʿqūb (ʿalayhi s-salām) à son fils : « … ne raconte pas ta vision à tes frères car ils monteraient un complot contre toi ; le Diable est certainement pour l’homme un ennemi déclaré » (Yūsuf 12:5). Il en tire qu’il vaut mieux cacher un bienfait à qui pourrait s’en faire l’ennemi, sauf si le profit attendu dépasse le dommage. Nous ne possédons son texte qu’en traduction.
Règle 39Tant qu’elle n’est pas racontée, la vision reste en suspens
La raison de l’interdit précédent se trouve dans le hadith même. Al-Ṭayyār rapporte celui d’Abū Razīn al-ʿUqaylī (raḍiya Llāhu ʿanhu) : « la vision du croyant est une part sur quarante de la prophétie ; elle est sur la patte d’un oiseau tant qu’on n’en parle pas, et quand on en parle elle tombe. » Ce hadith n’est ni dans al-Bukhārī ni dans Muslim : il est chez at-Tirmidhī, n° 2278, sous cette forme, et chez Abū Dāwūd, n° 5020, et Ibn Mājah, n° 3914, sous une autre. Elle tombe, c’est-à-dire qu’elle se produit. Choisir son interlocuteur entre donc dans l’ordre lui-même, et n’est pas une politesse ajoutée par-dessus.
Cette même parole sert ailleurs à établir que la vision se réalise selon la manière dont elle est interprétée, et des savants en ont discuté à cet endroit (chapitre 12, règle 199). Ici, c’est le fait de parler qui est en jeu, non l’interprétation.
Règle 40Un savant, un conseiller sincère, un homme de jugement ou un ami cher
Al-Ṭayyār réunit trois phrases : « ne la raconte qu’à un homme sensé ou à un ami cher » ; « qu’il ne la raconte qu’à un ami affectueux ou à un homme de jugement » ; « qu’on ne raconte la vision qu’à un savant ou à un conseiller sincère ». Il conclut que celui qui fait autrement délaisse la Sunna. Les deux premières sont du hadith d’Abū Razīn : la première chez at-Tirmidhī, n° 2278, la seconde chez Abū Dāwūd, n° 5020, et Ibn Mājah, n° 3914. La troisième n’est pas d’Abū Razīn : elle est du hadith d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu), chez at-Tirmidhī, n° 2280, celui-là même que le livre cite deux paragraphes plus bas d’après al-Mazrūʿī. Le qāḍī Abū Bakr Ibn al-ʿArabī (raḥimahu Llāh), cité par al-Ṭayyār comme par al-Baghawī, dit ce que chacun de ces quatre apporte. Le savant tire la vision vers le meilleur sens qu’elle supporte, le conseiller sincère oriente vers ce qui est utile. L’homme de jugement instruit s’il sait et se tait sinon, et l’ami cher dit le bien qu’il connaît, se taisant s’il ignore ou doute.
Al-Mazrūʿī rapporte dans le même sens le hadith d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu), d’après ad-Dārimī et at-Tirmidhī : « la vision ne se raconte qu’à un savant ou à un conseiller sincère ». Le hadith porte chez at-Tirmidhī le n° 2280, et al-Albānī (raḥimahu Llāh) l’a déclaré authentique dans Ṣaḥīḥ Sunan at-Tirmidhī. Cette phrase est un hadith qu’il rapporte, et non une formule de sa plume.
On demande donc deux choses à celui qui écoute : qu’il sache, et qu’on puisse lui confier son silence.
Règle 41Chercher le plus compétent quand il y en a un
Al-Ṭayyār interdit de porter sa vision à un interprète alors qu’il existe, dans sa ville ou dans son pays, quelqu’un de plus habile. Son exemple est celui du roi d’Égypte : ses interprètes ne lui donnèrent qu’un amas de songes confus, jusqu’à ce qu’on interroge Yūsuf (ʿalayhi s-salām). Il ajoute qu’on ne demande l’interprétation qu’à celui qui réunit les conditions requises, lesquelles font le chapitre 4 (règles 69 à 94). Al-Miftāḥ en fait le septième de ses neuf adab : chercher quelqu’un à qui Allah a ouvert cette science.
Comment la raconter
Règle 42Raconter soi-même sa vision à l’interprète
Al-Mazrūʿī demande au rêveur de porter lui-même son récit et de ne charger personne de la demande. Le motif est imprimé dans son propre texte : donner les détails, pour que le travail de l’interprète soit plus facile. Un envoyé transmet une nouvelle ; le rêveur, lui, possède les détails. La règle vaut pour la bonne vision comme pour celle qui déplaît.
Règle 43Tout raconter, sans rien omettre
Le même auteur fait de l’intégralité du récit une condition de la justesse : le rêveur rapporte tout ce qu’il a vu et n’en laisse rien de côté, vu ce que pèse chaque détail dans le taʿbīr, l’interprétation. Al-Miftāḥ en fait le neuvième et dernier de ses adab : qu’il n’en néglige rien. Du côté de l’interprète, le devoir correspondant est au chapitre 4 (règle 82) : écouter le récit en entier et le faire répéter.
Règle 44Raconter le rêve tel quel, sans rien y ajouter
Quatrième des neuf adab d’al-Miftāḥ : le rapporter dans ses termes, sans en changer le contenu. Omettre laisse un manque dans le récit ; ajouter le fausse. Ibn Qutayba donne le motif : ce qu’on ajoute fait sortir le rêve de sa vérité, et le rêveur se trompe lui-même, gagnant auprès d’Allah le rang des pécheurs. Son texte ne nous est parvenu qu’en traduction (thèse de Cicchetti, p. 150-151).
Règle 45Ne pas mentir sur un rêve
Ajouter à un rêve est une chose ; prétendre avoir vu ce qu’on n’a pas vu en est une autre, plus grave, et c’est la règle sur laquelle les sources de ce chapitre sont les plus fournies.
Al-Mazrūʿī rapporte d’Ibn ʿAbbās (raḍiya Llāhu ʿanhumā), d’après al-Bukhārī, où le hadith porte le n° 7042 : « celui qui prétend avoir rêvé ce qu’il n’a pas vu sera chargé de nouer deux grains d’orge, et il ne le fera jamais » ; il range cela parmi les grands péchés. Ash-Shuwayer établit le même hadith depuis le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, puis le glose : il s’agit de celui qui se donne pour avoir vu en songe une vision déterminée qu’il n’a pas vue. On lui demanda si l’on pouvait inventer un rêve pour réconcilier des frères et sœurs ou pour pousser les gens au bien. Il répondit que les juristes permettent le mensonge de réconciliation dans des cas connus, et que le mensonge sur une vision reste en dehors de cette permission. Le classement parmi les grands péchés est de lui, appuyé sur as-Safārīnī (raḥimahu Llāh) dans sa manẓūma et sur d’autres qui ont dénombré ces péchés ; le hadith, lui, ne le dit pas. Al-Ṭayyār cite dans ses règles une troisième phrase, sans nommer de recueil : que le pire des mensonges est de faire voir à ses yeux ce qu’ils n’ont pas vu. Elle est dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, n° 7043, d’après Ibn ʿUmar (raḍiya Llāhu ʿanhumā). Les deux hadiths qu’al-Madrī rapporte de ʿAlī (raḍiya Llāhu ʿanhu) ne sont dans aucun des deux Ṣaḥīḥ ; ils sont au Musnad, et Shuʿayb al-Arnaʾūṭ juge le premier faible dans sa chaîne mais appuyé par un témoignage acceptable, et le second bon par ses parallèles.
Al-Ṭayyār cite, dans la dernière de ses règles : « celui qui ment sur une vision sera chargé au Jour de la Résurrection de nouer deux grains d’orge ; celui qui jure faussement ne sentira pas l’odeur du Paradis ; et le pire des mensonges est que l’homme mente sur ses propres yeux en disant j’ai vu, sans rien avoir vu. » Al-Madrī rapporte d’ʿAlī (raḍiya Llāhu ʿanhu) deux hadiths : celui qui ment délibérément sur une vision sera chargé de nouer un grain d’orge au Jour de la Résurrection, et celui qui ment délibérément qu’il prenne place en Enfer. Al-Miftāḥ en fait le huitième de ses neuf adab.
Al-Baghawī met ce mensonge au rang des pires, à côté de l’usurpation de filiation, et il en dit la raison : c’est mentir contre Allah, prétendre qu’Il a montré ce qu’Il n’a pas montré. Sa preuve est le hadith de Wāthila ibn al-Asqaʿ (raḍiya Llāhu ʿanhu).
Règle 46Ne pas tirer vanité de sa vision
Cinquième des neuf adab d’al-Miftāḥ, donné en une ligne, sans argument ni exemple, et nous n’y ajoutons rien. Le chapitre 4 (règle 77) demande le même refus à l’interprète, pour ses réussites.
Règle 47Agir selon l’avertissement ou l’orientation que la vision contient
Sixième des neuf : mettre en pratique ce que la vision porte. Elle cesse alors d’être une nouvelle à connaître pour devenir une chose à faire. Si elle avertit, le rêveur tient compte de l’avertissement ; si elle oriente, il suit l’orientation.
Règle 48Demander l’interprétation d’une bonne vision, après s’en être remis à Allah
Al-Ṭayyār récapitule : celui qui a vu une bonne vision peut en demander le sens pour en profiter, mais seulement auprès de quelqu’un qui réunit les conditions requises ; la vision qui vient du diable ne mérite ni qu’on s’y arrête ni qu’on la raconte. Al-Madrī compte une interprétation bonne et juste parmi ses quatre recommandations, et il clôt son livre en disant que celui qui n’y parvient pas s’aide d’Allah, puis d’un interprète. Al-Mazrūʿī pose l’ordre pratique : le rêveur interprète lui-même sa bonne vision s’il en est capable, sinon il interroge quelqu’un en qui il a confiance.
Devant une mauvaise vision
Règle 49Chercher refuge auprès d’Allah contre son mal
Ici commence la partie la plus fournie du chapitre. Les auteurs l’énumèrent et ne s’accordent pas sur le nombre : six conduites pour al-Mazrūʿī, six pour al-Miftāḥ, huit pour al-Ṭayyār suivies de trois remarques, cinq étapes dans la compilation qui nous est parvenue d’al-Baghawī, laquelle annonce six et en liste cinq, et nous avons retenu ce qu’elle liste. Chez al-Madrī, nous n’avons trouvé aucun décompte pour la mauvaise vision. Nous en avons retenu douze, de cette règle à la règle 60, et ce découpage est le nôtre.
La première est de chercher refuge contre le mal de la vision elle-même. Al-Ṭayyār l’appuie sur le hadith d’Abū Saʿīd al-Khudrī : « s’il voit autre chose, qui lui déplaît, cela vient du diable : qu’il cherche refuge contre son mal. » C’est la première conduite chez al-Mazrūʿī comme dans al-Miftāḥ, et Saʿīd Buwāḥ ouvre sa liste en disant que le rêveur qui l’applique ne sera pas atteint par cette vision, par la grâce d’Allah.
Règle 50Chercher refuge contre le diable
La seconde demande de refuge n’est pas la première répétée : on cherche refuge contre le mal de la vision, puis contre celui qui l’a envoyée. Al-Ṭayyār l’appuie sur le hadith d’Abū Qatāda : « le ḥulm vient du diable ; si l’un de vous rêve, qu’il cherche refuge contre lui. » Deuxième conduite chez al-Mazrūʿī, qui donne ici une version portant « trois fois » : c’est le texte d’al-Bukhārī, n° 6995, d’après Abū Qatāda, qu’il reproduit mot pour mot, mais en n’en prenant que le milieu : chez al-Bukhārī le hadith commence par « la vision bonne vient d’Allah, et le ḥulm vient du diable » et finit par « et le diable ne se montre pas sous mon apparence ». Troisième des six dans al-Miftāḥ. Ash-Shuwayer place cette demande de refuge en tête de ce que le Prophète ﷺ a indiqué à qui voit une mauvaise vision.
Règle 51Crachoter légèrement trois fois à sa gauche
Al-Mazrūʿī réunit en un seul endroit les trois verbes que portent les versions : nafth, souffler sans salive ; tafl, crachoter légèrement ; et, dans le hadith de Jābir (raḍiya Llāhu ʿanhu), baṣq, cracher. Le côté est le même à chaque fois, le côté gauche. Les deux premières viennent du hadith d’Abū Qatāda chez Muslim, n° 2261 ; la troisième du hadith de Jābir chez lui, n° 2262. La deuxième version et le hadith de Jābir portent le « trois fois » ; la première ne le porte pas. Al-Mazrūʿī écrit les trois fois « vers sa gauche », comme les deux Ṣaḥīḥ. Deuxième des six dans al-Miftāḥ, dont le motif est imprimé : repousser le diable. Troisième des huit conduites d’al-Ṭayyār. Ibn Qutayba le place après la lecture d’Āyat al-Kursī, et non avant.
Règle 52Se tourner de l’autre côté
Le hadith de Jābir est dans le Ṣaḥīḥ de Muslim, n° 2262 : « si l’un de vous voit une vision qu’il déteste, qu’il crache trois fois vers sa gauche, qu’il demande trois fois refuge auprès d’Allah contre le diable, et qu’il change le côté sur lequel il était couché. » Al-Mazrūʿī en fait la sixième et dernière de ses conduites, et précise que le changement va vers la droite, vers la gauche ou vers le dos, selon la position du dormeur. Quatrième des six dans al-Miftāḥ, cinquième des huit chez al-Ṭayyār, qui rattache au même hadith le triple crachotement et la triple demande de refuge. Al-Ṭayyār imprime « qu’il crache sur sa gauche » là où Muslim écrit « vers sa gauche » ; nous avons retenu le texte de Muslim, qu’al-Mazrūʿī donne d’ailleurs sous cette forme.
Ce geste est, selon toute apparence, l’étape manquante de la liste d’al-Baghawī, qui annonce six étapes, en donne cinq et rapporte ailleurs le hadith de Jābir. Nous ne l’avons pas ajouté à son décompte : ce serait une conjecture, non un texte.
Règle 53Se lever et prier
D’après le hadith d’Abū Hurayra rapporté par Muslim, n° 2263, celui de la règle 7 : « si l’un de vous voit ce qu’il déteste, qu’il se lève et qu’il prie. » Quatrième des cinq étapes d’al-Baghawī, sixième des huit conduites d’al-Ṭayyār, cinquième des six d’al-Mazrūʿī. Ash-Shuwayer note que la prière figure dans certaines versions du hadith, et Ibn Qutayba en fait une étape de repli si la peur persiste.
Al-Miftāḥ est le seul à y mettre une réserve : « qu’il se lève et qu’il prie s’il le souhaite. » L’ordre est sans condition dans le hadith et chez tous les autres. Rien dans le texte de Saʿīd Buwāḥ n’explique cette réserve ; nous la donnons telle qu’elle est imprimée, sans la ramener à autre chose.
Règle 54Ne la raconter à personne
La règle la plus serrée de la série, et elle porte une divergence.
Al-Mazrūʿī y lit une interdiction explicite. Il cite « qu’il n’en informe personne », puis « qu’il n’en parle à personne, elle ne lui nuira pas », et il tient qu’il n’est permis d’en parler ni à un proche aimé ni à quiconque. C’est sa quatrième conduite. Chez al-Ṭayyār, c’est la huitième, numérotée par erreur « deuxièmement » dans notre exemplaire, la table des matières de la même risāla l’appelant la huitième. Al-Baghawī en fait la cinquième et dernière de ses étapes, et ajoute que le rêveur ne doit pas non plus se l’expliquer à lui-même, puisque le rêve se réalise selon la manière dont il est interprété (chapitre 12, règle 199).
La divergence porte sur l’exception. Al-Mazrūʿī interdit sans réserve, et ash-Shuwayer avec lui : la Sunna est de n’en informer personne du tout, ni un interprète, ni un proche aimé, ni personne d’autre. Al-Miftāḥ, dans le dernier de ses six adab, admet un cas de nécessité : qu’il n’en parle pas, et s’il y est contraint, qu’il n’en informe qu’un savant ou un conseiller sincère. Les deux premiers ne laissent aucune issue à la parole ; le troisième en laisse une, étroite. Nous n’avons trouvé, pour l’une ou l’autre position, aucun texte propre à la question au-delà de ce qui précède, et nous ne tranchons pas.
Règle 55Être certain qu’elle ne nuira pas
Quatrième des huit conduites d’al-Ṭayyār, et il la tient pour la plus lourde parce qu’elle touche à la croyance : le rêveur doit tenir que la parole du Prophète ﷺ est vraie et que le mauvais rêve ne lui nuit pas en vérité. Sa preuve est la fin du hadith d’Abū Qatāda : « qu’il crache à sa gauche, car elle ne lui nuira pas. » C’est un acte du cœur, non du corps, et c’est la seule conduite de la série dont on ne voie rien au dehors.
Règle 56Lire Āyat al-Kursī, de préférence au moment de se coucher
La divergence, ici, porte sur le moment et non sur le geste.
Al-Ṭayyār, septième de ses huit conduites, appuie la lecture sur le hadith d’Abū Hurayra où le démon lui apprit le verset après lequel aucun démon ne l’approcherait, Āyat al-Kursī (al-Baqara 2:255). Il rapporte ensuite la remarque d’Ibn Ḥajar (raḥimahu Llāh) : des commentaires mentionnent cette lecture sans lui donner d’appui direct ; si on la tire du sens général du hadith d’Abū Hurayra, elle se soutient, et il conviendrait alors de la lire dans la prière évoquée. Al-Ṭayyār juge plus juste de la lire au moment de prendre sa couche, comme le porte le texte, et lire le verset dans la prière n’est pas interdit, seulement moins bien. Ibn Qutayba, lui, la prescrit au réveil, avant le crachotement et avant la formule de refuge.
Trois moments, trois noms : Ibn Qutayba au réveil, al-Ṭayyār au coucher, Ibn Ḥajar vers la prière qui suit le rêve. Nous ne tranchons pas.
Règle 57Dire au réveil une formule de refuge précise
Troisième remarque d’al-Ṭayyār après ses huit conduites. Les Sunan de Saʿīd ibn Manṣūr, le Muṣannaf d’Ibn Abī Shayba et celui de ʿAbd ar-Razzāq rapportent d’Ibrāhīm an-Nakhaʿī (raḥimahu Llāh) une formule à dire au réveil : « je cherche refuge par ce dont ont cherché refuge les anges d’Allah et Ses messagers, contre le mal de cette vision, qu’elle ne m’atteigne en rien que je déteste dans ma religion et dans ma vie d’ici-bas. » An-Nakhaʿī est un Successeur, et la parole s’arrête donc à lui.
Ibn Qutayba donne, pour le même moment, une autre formule, par le Seigneur de Mūsā, de ʿĪsā et d’Ibrāhīm (ʿalayhim as-salām), contre le mal du rêve. Les deux ne viennent pas de la même voie, et nous ne les fondons pas en une seule invocation.
Règle 58Si la peur persiste : ablutions, prière, aumône et invocation
Cette étape appartient à Ibn Qutayba seul. Quand les premiers gestes n’ont pas dissipé l’effroi, le rêveur fait ses ablutions, prie, donne l’aumône et invoque Allah. L’aumône, à cet endroit, n’apparaît chez aucun autre auteur du chapitre. Nous n’avons son texte qu’en traduction.
Règle 59Réunir les versions et appliquer ce qu’elles contiennent
Première remarque d’al-Ṭayyār : le mieux est de réunir toutes les versions rapportées et de faire tout ce qu’elles prescrivent. S’en tenir à une partie suffit néanmoins, avec la permission d’Allah, à écarter le mal du rêve, à une condition : que cette partie soit un hadith complet avec tout ce qu’il contient, car aucun texte n’autorise à n’en garder qu’un seul geste isolé.
La version que rapporte ash-Shuwayer est l’un de ces hadiths complets, et c’est le texte d’al-Bukhārī, n° 7044, d’après Abū Salama d’après Abū Qatāda : « la vision belle vient d’Allah : si l’un de vous voit ce qu’il aime, qu’il n’en parle qu’à qui il aime ; et s’il voit ce qu’il déteste, qu’il cherche refuge auprès d’Allah contre son mal et contre le mal du diable, qu’il crachote trois fois, et qu’il n’en parle à personne, elle ne lui nuira pas. » Les deux demandes de refuge, le crachotement, le silence et la certitude tiennent dans un seul texte. C’est la version annoncée à la règle 37 : al-Bukhārī écrit « belle » là où Muslim écrit « bonne », et la mention « vers sa gauche » n’y est pas.
Règle 60La prière réunit à elle seule la plupart de ces gestes
Deuxième remarque d’al-Ṭayyār : celui qui se lève et prie a réuni la plupart des conduites prescrites. La prière comporte le changement de position, le crachotement et le rejet d’eau au rinçage de bouche des ablutions, et la demande de refuge avant la récitation ; quant à l’invocation qu’elle contient, elle suffira, s’il plaît à Allah, à écarter le mal du rêve.
La mesure à garder
Règle 61Ne pas faire interpréter tout ce qu’on voit
Al-Wadʿān ouvre la conclusion de son livre par cette mise en garde. L’homme doit garder la mesure dans les visions et ce qui s’y rattache, sans forcer sur la demande ni réclamer le sens de tout ce qu’il voit en dormant. La plupart de ce que les gens voient n’est que le reflet de leur état, donc du discours de l’âme, ḥadīth an-nafs. Il décrit ensuite ceux qui ont perdu la mesure. Certains en sont devenus malades et harcèlent l’interprète au point de lui nuire, certains interrogent dès l’heure du réveil. D’autres posent plus de questions sur leurs rêves que sur leur religion, sur les règles de leur culte, de leurs transactions et de leurs affaires de famille.
Al-Mazrūʿī dit la même chose et ajoute ce qu’il observe. Les savants ne s’attachaient pas à ces occupations, alors que le marché de certains interprètes de son temps est florissant : les gens les sollicitent plus qu’ils ne sollicitent les savants sur les questions de religion, de fiqh et de ce dont ils ont besoin pour leur religion. Son propos décrit un marché, non un homme nommé. Le chapitre 5 (règle 105) traite de l’argent pris pour interpréter.
Règle 62La Sunna ne prescrit pas de porter ses rêves à un interprète
On demanda à ash-Shuwayer si la multiplication des interprètes obligeait celui qui voit un rêve à le soumettre à l’un d’eux. Il répondit que le Messager ﷺ a montré que certaines visions ne se racontent à personne, celles qui vous affligent : la Sunna est de n’en informer personne, ni interprète, ni proche aimé, ni personne d’autre. Celle dont l’apparence est bonne se raconte à qui l’on aime, et le Prophète ﷺ n’a pas dit d’en informer un interprète.
Il ajoute que certains interprètes, pour faire prospérer leur activité et multiplier ceux qui viennent à eux, argumentent de la question du Prophète ﷺ « qui parmi vous a vu une vision ? », qu’il interprétait lui-même et qu’il chargeait Abū Bakr (raḍiya Llāhu ʿanhu) d’interpréter. Celui qui mesure sa situation à celle du Prophète ﷺ se fait du tort, car le Prophète ﷺ ne parlait que par une révélation d’Allah, qui descendait sur lui matin et soir. Le partage tient à ce point, et Abū Bakr n’interprétait que sur son ordre ﷺ.
Règle 63Craindre Allah à l’état de veille, sachant que toute vision ne s’interprète pas
Al-Madrī ouvre son livre par cette règle et l’appuie sur la conduite d’Ibn Sīrīn (raḥimahu Llāh) : interrogé sur cent visions, il ne répondait rien d’autre que « crains Allah et fais le bien à l’état de veille, car ce que tu as vu en dormant ne te nuira pas ». La vie éveillée décide, non le songe. Al-Madrī ne donne pas de chaîne pour ce propos : c’est un récit qu’il rapporte, et nous le laissons pour ce qu’il est. La faute voisine, celle du rêveur qui se repose sur sa vision au lieu d’agir, est au chapitre 5 (règle 101).
Règle 64L’angoisse qui demeure après une vision
Ash-Shuwayer rapporte de l’imam Aḥmad (raḥimahu Llāh), commentant le hadith de la vision, cette parole : « la vision réjouit le croyant et ne lui nuit pas. » Elle est de l’imam Aḥmad, et non du Prophète ﷺ. Il en tire que le rêveur qui reste craintif après sa vision, ou qui se tient pour lié par les conclusions qu’il en tire, montre l’une de deux choses. Ou bien sa confiance en Allah, le tawakkul, est faible ; ou bien cette vision lui a nui au lieu de lui annoncer un bien.
Avant de dormir
Règle 65Dormir en état de pureté rituelle
Al-Ṭayyār ferme sa risāla par six règles adressées au rêveur. Trois trouvent leur place ici, et nous avons posé les trois autres plus haut dans ce chapitre (règles 38, 41 et 45). Notre ordre n’est pas le sien, et nous donnons ses numéros tels qu’ils sont imprimés. La deuxième dit qu’il est recommandé de dormir en état d’ablution pour que la vision soit bonne. Il ne cite aucune preuve à cet endroit, et nous ne lui en ajoutons pas.
Règle 66Faire de la véracité son caractère
La première des six est une condition mise au rêveur lui-même : celui qui veut que sa vision se révèle vraie doit avoir la véracité pour caractère et se garder du mensonge, de la médisance et de la calomnie. Le lien entre la justesse de la vision et la justesse de la parole repose sur un hadith vu au chapitre 2, qu’al-Ṭayyār ne cite pas à cet endroit.
Règle 67S’astreindre à la chasteté
Troisième des six : celui qui ne veille pas à la chasteté voit bien la vision mais n’en retient rien, du fait de la faiblesse de son intention et du nombre de ses fautes et de ses péchés. Le texte dit qu’il voit et ne se souvient pas, non qu’il ne voit pas.
Règle 68Les invocations du coucher protègent des visions détestées
Al-Madrī donne la conduite préventive : prendre l’habitude, en se couchant, de lire Āyat al-Kursī (al-Baqara 2:255), de lire les deux derniers versets de la sourate al-Baqara (2:285-286), de ne pas oublier l’invocation du sommeil, de joindre les paumes et d’y souffler en récitant al-Ikhlāṣ, al-Falaq et an-Nās trois fois, et de vider son esprit des soucis de ce monde. Il ne rattache aucune de ces pratiques à son hadith à cet endroit : les références sont à chercher dans les livres de la Sunna, et nous ne les avons pas jointes à son texte.
Al-Wadʿān dit de même que les invocations d’avant le sommeil et les rappels du matin et du soir sont une cuirasse contre les assauts du diable, et que celui qu’un cauchemar oppresse se tourne vers Allah et Le supplie.
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Numérotation propre à cette rubrique. Les livres cités ne numérotent pas leurs règles. Sources détaillées : les onze livres utilisés. Lexique des termes : glossaire.