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Règles du ta'bîr · question

Mentir sur un rêve ou inventer une vision : que dit l’islam ?

L’islam interdit de mentir sur un rêve. Un hadith d’Ibn ʿAbbās (raḍiya Llāhu ʿanhumā), rapporté par al-Bukhārī sous le n° 7042, le dit ainsi : « celui qui prétend avoir rêvé ce qu’il n’a pas vu sera chargé de nouer deux grains d’orge, et il ne le fera jamais ». Al-Mazrūʿī range ce mensonge parmi les grands péchés. Ash-Shuwayer le refuse même quand il sert à réconcilier des frères et sœurs. Le livre en fait sa règle 45, et la règle 46 y ajoute une seconde conduite : ne pas tirer vanité de sa vision.

Une règle, une réponse · règles 45, 46

Le hadith d’Ibn ʿAbbās et les deux grains d’orge

Al-Mazrūʿī expose les règles du rêve dans un cours écrit, publié sur le site Baynoona. Il y rapporte ce hadith d’Ibn ʿAbbās et le renvoie au Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, le recueil où il porte le n° 7042.

Ash-Shuwayer établit le même hadith depuis le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, puis il l’explique. Selon lui, le texte vise celui qui se donne pour avoir vu en songe une vision déterminée qu’il n’a pas vue.

La peine annoncée est une tâche impossible. Le hadith précise lui-même que le menteur n’y parviendra jamais.

Le livre sépare ce cas de la règle qui le précède. Ajouter un détail à un rêve qu’on a vraiment fait est déjà une faute (règle 44). Prétendre avoir vu ce qu’on n’a pas vu en est une autre, plus grave. C’est aussi la règle pour laquelle les sources du chapitre sont les plus fournies.

Un grand péché : qui le dit ?

Al-Mazrūʿī range ce mensonge parmi les grands péchés, et ash-Shuwayer aussi. Le hadith, lui, ne le dit pas. Ash-Shuwayer appuie ce classement sur as-Safārīnī (raḥimahu Llāh), dans sa manẓūma, c’est-à-dire son traité en vers, et sur d’autres auteurs qui ont dénombré ces péchés.

Vous avez donc devant vous deux choses distinctes. Le hadith annonce une peine. Les savants qui comptent les grands péchés en tirent le rang de la faute.

D’autres sources du chapitre retiennent aussi l’interdit. Al-Miftāḥ fī ʿilm taʿbīr ar-ruʾyā, de Saʿīd ibn ʿAlī Buwāḥ, en fait le huitième de ses neuf adab, ses conduites prescrites au rêveur. Al-Ṭayyār le place dans les règles qui ferment sa risāla, son épître sur la vision.

« Le pire des mensonges » : Ibn ʿUmar, al-Ṭayyār et al-Baghawī

Al-Ṭayyār cite, dans la dernière de ses règles, trois phrases d’un seul tenant. Celui qui ment sur une vision sera chargé, au Jour de la Résurrection, de nouer deux grains d’orge. Celui qui jure faussement ne sentira pas l’odeur du Paradis. Et le pire des mensonges est que l’homme mente sur ses propres yeux en disant « j’ai vu », sans rien avoir vu.

La troisième phrase, qu’il donne sans nommer de recueil, a une source établie. Elle se trouve dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, n° 7043, d’après Ibn ʿUmar (raḍiya Llāhu ʿanhumā) : le pire des mensonges est de faire voir à ses yeux ce qu’ils n’ont pas vu.

Al-Baghawī (raḥimahu Llāh) met lui aussi ce mensonge au rang des pires, à côté de l’usurpation de filiation. Il en donne la raison. Inventer un rêve, c’est mentir contre Allah, car c’est prétendre qu’Il a montré ce qu’Il n’a pas montré. Sa preuve est le hadith de Wāthila ibn al-Asqaʿ (raḍiya Llāhu ʿanhu). Le livre ne possède le texte d’al-Baghawī qu’en traduction française : il le rapporte sans le citer.

Inventer un rêve pour la bonne cause

On a posé la question à ash-Shuwayer. Pouvait-on inventer un rêve pour réconcilier des frères et sœurs, ou pour pousser les gens au bien ?

Sa réponse tient en deux temps. Les juristes permettent le mensonge de réconciliation dans des cas connus. Le mensonge sur une vision reste en dehors de cette permission.

Le but recherché ne change donc pas le jugement. Un rêve inventé pour rapprocher une famille ou encourager une bonne action reste, selon ash-Shuwayer, un mensonge sur une vision.

Les hadiths de ʿAlī rapportés par al-Madrī

Al-Madrī, auteur de Fassir aḥlāmaka bi-nafsika, rapporte deux hadiths de ʿAlī (raḍiya Llāhu ʿanhu). Selon le premier, celui qui ment délibérément sur une vision sera chargé de nouer un grain d’orge au Jour de la Résurrection. Selon le second, celui qui ment délibérément, qu’il prenne place en Enfer.

Ces deux textes ne figurent dans aucun des deux Ṣaḥīḥ, ceux d’al-Bukhārī et de Muslim. Ils sont au Musnad. Shuʿayb al-Arnaʾūṭ juge le premier faible dans sa chaîne, mais appuyé par un témoignage acceptable. Il juge le second bon par ses parallèles.

Vous remarquerez une différence de détail. Le premier hadith de ʿAlī parle d’un grain d’orge, celui d’Ibn ʿAbbās de deux.

Ne pas tirer vanité de sa vision

La règle 46 vient d'al-Miftāḥ, qui en fait le cinquième de ses neuf adab. L’auteur la donne en une ligne, sans argument ni exemple, et le livre n’y ajoute rien. Elle demande au rêveur de ne pas se glorifier d’une vision qu’il a reçue.

Le chapitre 4 demande le même refus à l’interprète, pour ses réussites (règle 77).

Ce que disent les autres règles

Les règles 45 et 46 appartiennent au chapitre 3, consacré à la conduite du rêveur, dans la partie qui traite de la manière de raconter un rêve. Elles suivent la règle 42 (raconter soi-même sa vision à l’interprète), la règle 43 (tout raconter, sans rien omettre) et la règle 44 (raconter le rêve tel quel, sans rien y ajouter). Pour cette dernière, Ibn Qutayba (raḥimahu Llāh) estime que l’ajout fait sortir le rêve de sa vérité et que le rêveur se trompe lui-même. La règle 47 demande ensuite d’agir selon l’avertissement ou l’orientation que la vision contient. Plus loin, la règle 66 fait de la véracité le caractère de celui qui veut une vision vraie : il se garde du mensonge, de la médisance et de la calomnie. Du côté de l’interprète, la règle 77 reprend le refus de la vanité, et la règle 82 lui demande d’écouter le récit en entier.

En bref

L’islam interdit d’inventer un rêve ou de mentir sur une vision. Le hadith d’Ibn ʿAbbās, chez al-Bukhārī (n° 7042), annonce au menteur qu’il sera chargé de nouer deux grains d’orge sans jamais y parvenir. Al-Mazrūʿī range ce mensonge parmi les grands péchés, et ash-Shuwayer le refuse même pour réconcilier des frères et sœurs. Racontez votre rêve tel que vous l’avez vu, et ne tirez pas vanité de votre vision.

◆ Les règles citées, dans leur chapitre

Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.

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