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Règles du ta'bîr · question

Qui peut interpréter un rêve en islam, et à qui le demander ?

Selon l’imam Mālik (raḥimahu Llāh), seul celui qui maîtrise bien cette science interprète un rêve, car la vision est une part de la prophétie. Cette science s’apprend auprès d’un maître qui la possède. Le rêveur, lui, ne raconte sa bonne vision qu’à un savant, un conseiller sincère, un homme de jugement ou un ami cher. Des hadiths rapportés par at-Tirmidhī, Abū Dāwūd et Ibn Mājah le disent. S’il existe près de lui quelqu’un de plus habile, c’est à lui qu’il s’adresse. Mais rien dans la Sunna ne l’oblige à porter ses rêves à un interprète.

Une règle, une réponse · règles 40, 41, 62, 69, 71, 72

« Joue-t-on avec la prophétie ? » : la réponse de Mālik

On demanda à Mālik si tout le monde interprétait la vision. Il répondit par une question : joue-t-on avec la prophétie ? Puis il précisa : seul celui qui la maîtrise bien interprète la vision. S’il y voit du bien, qu’il l’annonce ; s’il y voit ce qui déplaît, qu’il dise du bien ou qu’il se taise. On lui demanda encore s’il pouvait interpréter en bien ce qui, chez lui, était mauvais. Il dit non, et conclut : la vision est une part de la prophétie, on ne joue pas avec la prophétie.

Al-Ṭayyār cite cette parole dans sa risāla, une épître. Al-Mazrūʿī la rapporte d’après at-Tamhīd d’Ibn ʿAbd al-Barr. Il la place en tête de ses conseils aux interprètes : ne pas s’engager dans l’interprétation sans science des fondements et des règles de cette science. Les deux premiers points de contrôle d’al-Ṭayyār disent la même chose : l’interprète est savant et habile dans le taʾwīl, l’interprétation, et n’interprète jamais qu’avec science et discernement.

Un article contemporain va dans le même sens. Il est attribué au cheikh Fahd al-ʿUṣaymī, sans que le texte lui-même assure cette attribution. Il rapporte du cheikh Muḥammad ibn ʿAbd al-Wahhāb (raḥimahu Llāh), d’après le recueil de ses écrits (5/130 et 5/143), que l’interprétation est une science authentique qu’Allah accorde à qui Il veut de Ses serviteurs. Selon le même recueil, Allah l’a mentionnée dans le Coran. D’où la formule : nul n’interprète la vision sinon celui qui possède la science de son interprétation, parce qu’elle relève des catégories de la révélation.

Une science qui s’apprend

Reste à savoir comment on devient ce savant. Al-Mazrūʿī répond en une page. L’interprète a besoin de connaître les outils de l’interprétation. Sans eux, il n’interprète pas bien, car nul ne donne ce qu’il n’a pas. L’interprétation est une science et une compétence qui s’acquièrent. L’inspiration, dans ce domaine, n’est elle-même qu’une compétence acquise par l’expérience. L’ordre est donc fixé : apprendre d’abord les règles de la vision, acquérir ensuite l’habileté et la pratique.

L’article attribué à al-ʿUṣaymī appuie cette position sur trois récits où Abū Bakr (raḍiya Llāhu ʿanhu) interprète devant le Prophète ﷺ. Après le rêve de l’échelle, le Prophète ﷺ se tait, ce qui vaut approbation. Sur les trois dattes, il confirme l’interprétation. Sur un troisième rêve, il lui dit qu’il a visé juste sur une partie et s’est trompé sur une autre, sans préciser laquelle. Un interprète que l’on tient pour inspiré peut donc se tromper, et ce qui se corrige s’apprend.

Le même article cite le tafsīr, le commentaire du Coran, d’Ibn as-Saʿdī (2/442) : on est récompensé d’enseigner cette science comme de l’apprendre.

Ash-Shuwayer donne une chaîne de maîtres, d’après les Ṭabaqāt d’Ibn Saʿd. Saʿīd ibn al-Musayyib (raḥimahu Llāh) était l’un des hommes de son temps qui interprétaient le plus et le plus juste. Il avait appris cette science d’Asmāʾ bint Abī Bakr (raḍiya Llāhu ʿanhā), qui l’avait apprise de son père. Une science qui se transmet de maître à élève n’est pas un don réservé.

Trois conditions pour l’apprendre et l’enseigner

Al-Wadʿān retient que le taʿbīr, l’interprétation des rêves, s’apprend et s’enseigne. Il refuse pourtant de laisser cette conclusion sans bornes et pose trois conditions :

Ash-Shuwayer précise ce qu’enseigner veut dire ici. Pour les gens de science, cet enseignement passe par les indices et les exemples. Il juge faux le dictionnaire où tel symbole aurait tel sens, et tel autre tel autre. Un homme peut apprendre cette science, mais l’enseigner est difficile. Il cite Ibn Qutayba (raḥimahu Llāh), pour qui elle compte parmi les sciences les plus difficiles. Elle demande le Livre, la Sunna, les poèmes des Arabes, les coutumes et les usages des gens, jusqu’à leurs parlers. Aussi ash-Shuwayer ne tient-il pas pour juste de se donner une école ou une académie pour enseigner les gens. Cela pourrait même leur nuire beaucoup.

À qui raconter sa vision

Du côté du rêveur, al-Ṭayyār réunit trois phrases : « ne la raconte qu’à un homme sensé ou à un ami cher » ; « qu’il ne la raconte qu’à un ami affectueux ou à un homme de jugement » ; « qu’on ne raconte la vision qu’à un savant ou à un conseiller sincère ». Il conclut que celui qui fait autrement délaisse la Sunna.

Les deux premières phrases viennent du hadith d’Abū Razīn al-ʿUqaylī (raḍiya Llāhu ʿanhu) : la première chez at-Tirmidhī, n° 2278, la seconde chez Abū Dāwūd, n° 5020, et Ibn Mājah, n° 3914. La troisième vient d’un autre hadith, celui d’Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu), chez at-Tirmidhī, n° 2280. Al-Mazrūʿī le rapporte d’après ad-Dārimī et at-Tirmidhī : « la vision ne se raconte qu’à un savant ou à un conseiller sincère ». Al-Albānī (raḥimahu Llāh) l’a déclaré authentique dans Ṣaḥīḥ Sunan at-Tirmidhī.

Le qāḍī Abū Bakr Ibn al-ʿArabī (raḥimahu Llāh), cité par al-Ṭayyār comme par al-Baghawī (raḥimahu Llāh), dit ce que chacun de ces quatre apporte :

On demande donc deux choses à celui qui écoute : qu’il sache, et qu’on puisse lui confier son silence.

Chercher le plus compétent

Al-Ṭayyār interdit de porter sa vision à un interprète alors qu’il existe, dans sa ville ou dans son pays, quelqu’un de plus habile. Son exemple est celui du roi d’Égypte. Ses interprètes ne lui donnèrent qu’un amas de songes confus, jusqu’à ce qu’on interroge Yūsuf (ʿalayhi s-salām). Al-Ṭayyār ajoute qu’on ne demande l’interprétation qu’à celui qui réunit les conditions requises, celles que décrit le chapitre 4.

Saʿīd ibn ʿAlī Buwāḥ, dans al-Miftāḥ fī ʿilm taʿbīr ar-ruʾyā, en fait le septième de ses neuf adab, c’est-à-dire des conduites prescrites au rêveur : chercher quelqu’un à qui Allah a ouvert cette science.

Personne n’est tenu de consulter un interprète

On demanda à ash-Shuwayer si la multiplication des interprètes obligeait celui qui voit un rêve à le soumettre à l’un d’eux. Il répondit que le Messager ﷺ a montré que certaines visions ne se racontent à personne : celles qui vous affligent. Pour elles, la Sunna est de n’en informer personne, ni interprète, ni proche aimé, ni personne d’autre. Celle dont l’apparence est bonne se raconte à qui l’on aime, et le Prophète ﷺ n’a pas dit d’en informer un interprète.

Il ajoute une mise en garde. Certains interprètes veulent faire prospérer leur activité et multiplier ceux qui viennent à eux. Ils argumentent alors de la question du Prophète ﷺ : « qui parmi vous a vu une vision ? ». Le Prophète ﷺ interprétait lui-même et chargeait Abū Bakr d’interpréter. Mais celui qui mesure sa situation à celle du Prophète ﷺ se fait du tort. Le Prophète ﷺ ne parlait que par une révélation d’Allah, qui descendait sur lui matin et soir. Et Abū Bakr n’interprétait que sur son ordre ﷺ.

Ce que disent les autres règles

Au chapitre 3, consacré au rêveur, les règles 40 et 41 suivent les règles 37 et 38 sur le choix du confident : quelqu’un qu’on aime, jamais un envieux, un ennemi ou un ignorant. La règle 62 suit la règle 61, qui déconseille de faire interpréter tout ce qu’on voit. Au chapitre 4, consacré à l’interprète, la règle 70 rapproche l’interprétation de la fatwa, l’avis juridique, et la règle 73 détaille ses outils. Les règles 78 et 79 demandent la retenue et le courage de dire « je ne sais pas ». La nature de l’interprétation est traitée au chapitre 1, règle 5, et le refus du dictionnaire figé au chapitre 5, règle 96.

En bref

Seul celui qui maîtrise cette science interprète un rêve, car, selon l’imam Mālik, on ne joue pas avec la prophétie. Cette science s’apprend auprès d’un maître, avec le Coran, la Sunna, la langue arabe et les usages des gens. Le rêveur confie sa bonne vision à un savant, un conseiller sincère, un homme de jugement ou un ami cher, et va au plus compétent s’il en existe un. Il garde pour lui la vision qui l’afflige. Et la Sunna ne lui fait aucune obligation de consulter un interprète.

Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.

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