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Règles du ta'bîr · chapitre 11

Interpréter les rêves en islam : choisir entre deux sens possibles

La règle 146 a posé qu’aucun symbole ne se tranche sans son indice. Reste le cas où l’indice manque, ou bien où il laisse deux portes ouvertes. Un homme voit qu’il invoque son Seigneur. La chose est louable, et le rêve peut annoncer un secours comme il peut annoncer l’épreuve qui va faire crier cet homme. Un autre se voit enterré dans une tombe, et le même symbole vaut selon les cas pour la mort, le mariage, le voyage, la pauvreté ou la prison. L’interprète tient alors plusieurs sens recevables et doit n’en donner qu’un.

Chapitre 11 sur 12 · règles 194 à 198

Texte intégral du chapitre, tiré du livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), signé Décrypteur.

Les cinq règles de ce chapitre disent comment il choisit. Elles se lisent dans l’ordre : par où commencer sa recherche, à quoi s’accrocher quand deux sens s’opposent, vers quoi pencher quand rien ne les sépare, comment restreindre un symbole qui ouvre plusieurs domaines, et quand se méfier d’un symbole trop favorable.

La matière vient de quatre endroits. Un article de méthode, Peut-on apprendre l’interprétation des rêves ?, attribué au cheikh Fahd ibn Saʿūd al-ʿUṣaymī sans que cette attribution soit assurée. Le livre d’al-Wadʿān, Kayfa tuʿabbar ar-ruʾyā ?, qui range les voies de l’interprétation. Un passage d’Ibn Qutayba al-Dīnawarī. Et deux chapitres d'al-Badr al-Munīr fī ʿilm at-taʿbīr d’al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī, où la démarche se voit à l’œuvre sur un cas.

L’ordre de la recherche

Règle 194Chercher d’abord dans le Coran, puis dans la Sunna, puis dans la langue

L’auteur de l’article rappelle que la science du taʿbīr est des plus nobles, et qu’il ne convient pas à n’importe qui d’interpréter les rêves : il faut connaître le Coran et ses expressions. Puis il donne l’ordre de travail. Devant un élément de la vision, l’interprète regarde d’abord dans le Coran ; s’il trouve un lien entre ce qui a été vu et un verset, il établit ce lien. Ses exemples sont ceux que le Coran a déjà fixés : le navire pour le salut (al-ʿAnkabūt 29:15), le bois pour les hypocrites (al-Munāfiqūn 63:4), le nourrisson pour l’ennemi (al-Qaṣaṣ 28:8), la cendre pour l’œuvre vaine (Ibrāhīm 14:18).

Al-Wadʿān range les mêmes voies dans le même ordre, et il le fait pour la vision symbolique, qui est le cas le plus fréquent chez les gens. L’interprète en défait les symboles et interprète selon ce qui lui apparaît, suivant les règles et les fondements de la discipline. Il regarde alors trois aspects. Le Coran. La Sunna du Prophète ﷺ. Puis la langue arabe et ses dérivations, sous quoi al-Wadʿān range la poésie, les proverbes, le sens, le contraire, l’inversion, le renversement, l’altération graphique, l’analogie ou la ressemblance, et la dérivation à partir des noms.

Cet ordre n’est pas un classement par valeur, c’est un ordre de recherche, et al-Wadʿān précise que les trois aspects se combinent sur un même rêve. Les voies elles-mêmes sont traitées au chapitre 6, des règles 109 à 118 ; ce que la présente règle ajoute, c’est par où l’interprète commence quand plusieurs sens se présentent à lui.

Quand deux sens s’opposent

Règle 195Entre deux sens possibles, retenir celui qui colle aux termes du récit

Ibn Qutayba traite le cas où un même rêve porte deux interprétations contradictoires. Il demande alors d’examiner laquelle des deux est la plus conforme aux termes du rêve et la plus proche des symboles, et c’est celle-là que l’interprète donne au rêveur.

Le critère est double, et les deux moitiés se tiennent. Les termes du rêve d’abord : non ce que le rêveur a voulu dire, mais ce qu’il a dit. Les symboles déjà établis ensuite : le sens retenu ne doit pas contredire ce qui est acquis dans la science. Entre deux sens, Ibn Qutayba ne laisse donc aucune place au choix libre de l’interprète.

C’est pour cette règle que les règles 43 et 44 comptent autant. Un rêve dont on a omis une partie, ou auquel le rêveur a ajouté un mot, ne fournit plus le critère qui devait départager les deux sens.

Règle 196À sens égal, porter l’interprétation vers le bon augure

Septième des douze étapes de la méthode de Saʿīd Buwāḥ, donnée en une ligne : porter la vision sur le bon augure autant qu’on en trouve le chemin. L’auteur ne développe pas, et nous n’ajoutons rien.

La règle se comprend par sa limite. Elle intervient quand les sens sont égaux et qu’aucun indice ne tranche, non quand le récit penche déjà d’un côté. La règle 89 en marque l’autre bord : interpréter du meilleur sens possible, ou se taire, sans travestir le sens.

Restreindre, puis juger l’issue

Règle 197Quand un symbole ouvre plusieurs domaines, choisir celui qui convient au rêveur, puis juger l’issue par l’état du symbole

Al-Shihāb al-ʿĀbir montre la démarche entière sur un seul symbole, l’enterrement dans une tombe, et il la conduit en trois temps.

Il ouvre par la liste des domaines que ce symbole peut prendre, chacun rattaché à la situation d’un homme : la mort pour le malade, le mariage pour le célibataire parce que la tombe est un voile, le voyage parce que l’homme est passé à une autre terre, la destitution pour celui qui exerce une charge, la pauvreté pour le riche, la maladie pour le bien portant, ou la prison. Le premier travail de l’interprète est donc de restreindre : de ces sept sens, un seul convient à l’homme qui est devant lui. L’état du rêveur, qui commande ce choix, fait l’objet du chapitre 7.

Il regarde ensuite l’état de la tombe, et cet état donne l’issue. Une tombe large, une bonne odeur, une belle verdure, un vêtement ou un aliment de belle apparence : l’issue de tout cela va vers le bien. Une tombe étroite, de la fumée, un animal nuisible, un coup reçu de Munkar ou de Nakīr, un feu qui brûle, des charognes : l’issue est mauvaise.

Il décline enfin l’issue mauvaise domaine par domaine, et c’est là que la démarche se voit. Si nous en faisons une mort, l’issue en est le châtiment. Si nous en faisons un voyage, la route lui est coupée. Si nous en faisons un mariage, l’issue en est la dispute. Si nous en faisons des maladies, ce sont des maladies douloureuses, ou bien la mort. Le domaine ne change pas avec l’état de la tombe : c’est ce qui advient à l’intérieur du domaine qui change.

Son commentaire tient en trois mots, considère la tombe et ses états, et deux de ses consultations les illustrent. Une femme lui dit qu’elle s’est vue dans une belle tombe, et il lui répond qu’elle va se marier sur l’heure. Un homme lui dit qu’il fuyait un grand serpent et qu’une femme l’a jeté dans une tombe ; il lui répond qu’il est allé chez cette femme, qu’il a eu peur, et qu’elle l’a mis dans un coffre par crainte d’un ennemi, ce que l’homme confirme. Dans ce second cas, le domaine retenu n’est ni la mort ni le mariage : c’est le voile, qui était déjà le motif du mariage dans la liste d’ouverture.

Règle 198Un symbole favorable peut annoncer son revers quand la réalité de la chose le justifie

Le même auteur donne l’invocation, la demande de pardon et la glorification d’Allah pour la victoire, l’écartement des malheurs, l’élévation du rang, l’enrichissement des nécessiteux et les besoins satisfaits, et il appuie ce sens sur la parole d’Allah : « Appelez-Moi, Je vous répondrai » (Ghāfir 40:60).

Puis, dans la phrase suivante, il retourne le symbole : l’invocation peut aussi annoncer la survenue d’un événement. Son appui est un verset d’al-Anʿām : « Pourquoi donc, lorsque Notre rigueur leur vînt, n’ont-ils pas imploré (la miséricorde) ? Mais leurs cœurs s’étaient endurcis » (al-Anʿām 6:43). Le motif n’est pas dans le symbole, il est dans la vie des gens : c’est l’épreuve qui fait invoquer celui qui n’invoquait pas.

Pour choisir entre les deux, l’auteur donne dans son commentaire l’ordre de travail : considérer par quoi le rêveur a invoqué, et qui il a invoqué, puis lui donner ce qui lui convient.

La règle vaut au-delà de l’invocation. Le sens général d’un symbole souffre des exceptions, et l’exception vient de la réalité de la chose, non d’une autre liste de symboles. Un interprète qui ne connaît d’un symbole que son sens général donnera le bon augure au moment où il fallait avertir, et c’est la limite qu’il faut tenir en face de la règle 196.

◆ Questions traitées à part, à partir de ce chapitre

Numérotation propre à cette rubrique. Les livres cités ne numérotent pas leurs règles. Sources détaillées : les onze livres utilisés. Lexique des termes : glossaire.

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