- La saison change le sens d'un même symbole
- Le lieu et le pays changent le sens d'un même symbole
- Le moment où la vision a lieu compte dans son sens et dans sa fiabilité
- Le printemps est le temps où la vision est la plus sûre
- Aucune heure ne rend la vision plus véridique qu'une autre
- Interpréter après la prière de l'aube
- Faut-il éviter d'interpréter aux heures où la prière est déconseillée ?
Texte intégral du chapitre, tiré du livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), signé Décrypteur.
Al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī (raḥimahu Llāh) traite la saison et le lieu au même endroit que l’état du rêveur, dans le chapitre de son al-Badr al-Munīr fī ʿilm at-taʿbīr où il énumère ce qui fait varier un même songe. Il va plus loin que le renversement du sens : il tire de la saison la date à laquelle ce qui est annoncé tombera. Les deux premières règles de ce chapitre viennent de là.
Les cinq suivantes portent sur une autre question, que tout débutant pose : existe-t-il une heure, ou une période de l’année, où la vision elle-même est plus sûre ? Les sources ne s’accordent pas. Ibn Qutayba al-Dīnawarī (raḥimahu Llāh) répond oui et donne un classement. Un article contemporain retient le printemps, sur un hadith rapporté par al-Bukhārī. Ash-Shuwayer répond non, et déclare faible le hadith qu’on cite d’ordinaire à l’appui de l’aube. Les deux dernières règles portent sur le moment où l’on interprète, ce qui est une autre affaire que le moment où l’on rêve : là, le désaccord passe par une vérification dans le Fatḥ al-Bārī d’Ibn Ḥajar (raḥimahu Llāh).
Nous exposons ces positions avec les noms de ceux qui les tiennent. Ce livre ne les départage pas.
La saison et le lieu
Règle 137La saison change le sens d’un même symbole
Al-Shihāb al-ʿĀbir pose la règle sur le chaud et le froid. Se chauffer au feu, se réchauffer au soleil, porter les vêtements d’hiver, se servir d’eau chaude : bien et repos pour qui souffre d’un mal froid, ou par temps froid ; en été, maladies ou tourment. Le tissu léger et l’eau froide suivent la règle inverse, bons en été, mauvais en hiver.
Il applique la même mesure au bain, avec la raison en clair. Entrer au hammam et se laver avec ce qui ne nuit pas, l’eau froide en été ou chaude en hiver, annonce la richesse, le bien, les dettes acquittées, le repentir, la sortie de maladie, les besoins satisfaits et, pour un célibataire, le mariage. Se laver à l’eau chaude en été ou froide en hiver renverse tout cela. Son commentaire dit pourquoi : ce lavage-là serre la poitrine et fait mal à certains corps, personne ne s’y astreint sinon par nécessité ou par habitude, et l’habitude, écrit-il, ne porte aucun jugement.
La même mesure joue sur le corps. Les poils qui poussent chez le pauvre en hiver sont un vêtement, un profit, la sortie d’une maladie ou d’une épreuve ; en été, ou chez celui dont le mal vient de la chaleur, ils annoncent soucis, dettes et maladie qui traîne. Elle joue sur l’arbre : au temps où sa saison vient, le profit de celui qu’il représente est proche ; au temps où sa feuille tombe et où son fruit s’arrête, le repos est lointain, retardé à la mesure de ce qui reste avant que le fruit paraisse.
L’auteur ne se contente pas d’inverser le sens, il en date l’échéance, et c’est ce que ce chapitre apporte de plus utile. Sa consigne est donnée en propres termes. Si un homme voit en hiver qu’il est dans une grande chaleur, qu’il a mis une fourrure ou un manteau, qu’il s’est réchauffé au feu ou au soleil, dis-lui : nous craignons pour toi un tourment, une maladie ou son semblable, mais il y a là un report jusqu’à la saison d’été. Le renversement vaut de même : celui qui, dans la chaleur du rêve, se dévêt et prend ce qui lui convient obtient un repos retardé jusqu’à l’été ; celui qui, en été, se voit sous la pluie ou le froid et s’habille de ce qui lui sied reçoit un repos nouveau, retardé à la mesure de ce qui reste avant l’hiver. Et il ajoute que les autres saisons se lisent de la même manière.
Deux consultations montrent le procédé à l’œuvre. Un homme lui dit s’être vu tomber dans la boue. Il lui répondit que la boue vient de la pluie, l’homme confirma, et il lui annonça une maladie ou une épreuve en hiver. Cela se produisit. Un autre se vit habillé d’un vêtement fait d’écorces de pastèque jaune ; il lui annonça une maladie à cette saison, sans doute dominée par la bile jaune.
Règle 138Le lieu et le pays changent le sens d’un même symbole
Se dénuder au hammam, ou dans un endroit où l’usage le veut, n’annonce rien de mauvais, parce que c’est la coutume du lieu. Ailleurs, dans un endroit où les gens se rassemblent, la même chose vaut réputation salie, surtout si le sexe est découvert. Al-Shihāb al-ʿĀbir place cette variation dans la même énumération que la saison, et le passage qu’il y consacre traite les deux ensemble.
Buwāḥ range de même le temps et le lieu parmi les éléments d’où l’on tire l’indice de l’état, ce qui renvoie au chapitre 7.
Un même acte, donc, est ordinaire là où il se fait et blâmable là où il ne se fait pas. Le pays fonctionne comme le lieu.
L’heure du rêve
Règle 139Le moment où la vision a lieu compte dans son sens et dans sa fiabilité
Ibn Qutayba en fait son huitième procédé, et il lui donne deux effets.
Le premier porte sur le sens du symbole. Celui qui se voit à dos d’éléphant fait un effort énorme pour un résultat faible ; s’il voit ce rêve pendant une sieste, il répudiera sa femme. Le vautour égyptien vaut un homme stupide et ignoble ; vu pendant une sieste, une maladie.
Le second porte sur la fiabilité, et Ibn Qutayba y donne un classement. Les rêves les plus véridiques sont ceux de l’aurore et de l’heure de la sieste. Les périodes de l’année où ils sont les plus véridiques sont le temps du bourgeonnement, puis celui où les fruits sont mûrs et récoltés. Les moins véridiques tombent en hiver. Et, de façon générale, les rêves du jour sont plus véridiques que ceux de la nuit.
Nous n’avons pas l’arabe de ce passage. Il nous vient de la traduction française de la thèse d’Umberto Cicchetti sur le Taʿwīl ar-ruʾyā. L’article attribué à al-ʿUṣaymī compte aussi le moment de la vision parmi ce que l’interprète doit demander au rêveur.
Règle 140Le printemps est le temps où la vision est la plus sûre
Le même article range parmi les fondements que l’interprète doit connaître que le printemps est l’un des meilleurs temps pour la vision. Il l’appuie sur une parole du Prophète ﷺ. Son texte est dans le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī, n° 7017, d’après Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu) : « quand le temps approche, la vision du croyant ne mentira presque plus, et la vision du croyant est une part sur quarante-six de la prophétie. » L’auteur explique cette approche du temps par l’égalité du jour et de la nuit, qui advient surtout au printemps.
Il écrit pour sa part « quand le temps se rapproche » et attribue le hadith à Muslim. Cette forme ne se lit dans aucun des deux Ṣaḥīḥ. Al-Bukhārī écrit « approche » avec « le croyant », au n° 7017 ; Muslim écrit « approche » avec « le musulman », au n° 2263 ; at-Tirmidhī, n° 2270, et Abū Dāwūd, n° 5019, écrivent « approche » avec « le croyant ». La forme la plus proche de la sienne que nous ayons trouvée est chez Ibn Mājah, n° 3917. Nous avons donc imprimé le texte d’al-Bukhārī.
Une réserve et une mise au point accompagnent cette règle. L’attribution de l’article au cheikh Fahd al-ʿUṣaymī n’est pas certaine. L’explication de « l’approche du temps » par l’égalité du jour et de la nuit n’est pas de l’auteur de l’article : Abū Dāwūd la donne lui-même à la suite de son n° 5019, où il glose le mot par le rapprochement de la nuit et du jour jusqu’à leur égalité. Ce que l’auteur de l’article y ajoute, c’est de rapporter cela au printemps ; et les commentateurs donnent de « l’approche du temps » d’autres explications.
Règle 141Aucune heure ne rend la vision plus véridique qu’une autre
On interrogea ash-Shuwayer sur d’éventuelles différences entre les moments de la nuit et du jour. Sa réponse, orale, tient en trois mouvements.
Il cite d’abord le hadith rapporté par Aḥmad dans son Musnad : « la vision la plus véridique est à l’aube. » Ce hadith n’est dans aucun des deux Ṣaḥīḥ ; il est chez at-Tirmidhī, n° 2274, d’après Abū Saʿīd al-Khudrī (raḍiya Llāhu ʿanhu), et les jugements des spécialistes du hadith s’y partagent. Ash-Shuwayer le déclare faible et inauthentique. Puis il conclut : la vision, de nuit comme de jour, est tout entière une, il n’y a pas de différence entre les moments en règle générale.
Il réserve un cas, et il le réserve étroitement. Ce qui relèverait de la particularité d’une personne donnée ne vient pas d’une règle qui vaut pour tous, mais de ce que certains interprètes ont observé chez tel individu, en lien avec la prédominance de la bile noire ou de la bile jaune selon ce dont il mange beaucoup.
Les deux règles se suivent ici parce qu’elles se contredisent. L’une retient le printemps, sur un hadith d’al-Bukhārī relatif à la saison ; l’autre nie toute différence générale entre les moments, et déclare faible le hadith relatif à l’heure. Les deux hadiths ne sont pas le même, et les deux affirmations ne portent pas exactement sur le même objet. Nous notons ce point et laissons la décision à plus savant.
L’heure de l’interprétation
Règle 142Interpréter après la prière de l’aube
Le Prophète ﷺ interrogeait ses Compagnons sur leurs visions après la prière du matin, d’après le hadith de Samura ibn Jundub (raḍiya Llāhu ʿanhu).
Al-Mazrūʿī, commentant ce hadith, cite Ibn Ḥajar : il montre qu’on doit s’occuper de la vision en la demandant, le mérite qu’il y a à l’interpréter, et la recommandation de le faire après la prière du matin, parce que c’est l’heure où l’esprit est rassemblé. Sa note renvoie au Fatḥ al-Bārī (12/446).
Al-Ṭayyār rapporte d’al-Muhallab (raḥimahu Llāh), par Ibn Ḥajar, quatre raisons de cette préférence. Le rêveur garde alors sa vision, son contact avec elle est récent, et l’oubli ne l’a pas encore atteinte. L’esprit de l’interprète est disponible, peu occupé par les pensées du gagne-pain. Le rêveur apprend à temps ce qui le concerne, se réjouit du bien, se garde du mal et s’y prépare.
Buwāḥ ajoute de lui-même, et il marque cet ajout par un « je dis » : l’interprète travaille aux heures où l’esprit est clair, l’âme reposée et le cœur libre des occupations de ce monde ; le meilleur moment pour cela est après la prière de l’aube.
Règle 143Faut-il éviter d’interpréter aux heures où la prière est déconseillée ?
Des interprètes le soutenaient, et l’avis est rapporté d’Ibn Sīrīn (raḥimahu Llāh) : la vision ne s’interprète pas aux heures où la prière est déconseillée, c’est-à-dire, dans les termes d’al-Ṭayyār, après la prière du matin, après celle de l’après-midi, et avant le zénith.
Al-Ṭayyār juge cet avis sans preuve. Il ajoute que le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī (raḥimahu Llāh) contient de quoi l’invalider, puisqu’al-Bukhārī y a intitulé un chapitre « L’interprétation de la vision après la prière du matin », et l’a fait suivre du hadith de Samura ibn Jundub (raḍiya Llāhu ʿanhu). Nous avons collationné ce titre sur le Ṣaḥīḥ : il est exact, c’est le dernier chapitre du livre de l’interprétation, et le hadith qui le suit porte le n° 7047.
Le même al-Ṭayyār rapporte ensuite les mots d’Ibn Ḥajar sur ce chapitre, qui ne vont pas tout à fait dans le même sens. Ibn Ḥajar y voit l’indice de la faiblesse de deux positions. La première est celle du récit transmis par ʿAbd ar-Razzāq, de Maʿmar, de Saʿīd ibn ʿAbd ar-Raḥmān, d’après certains de leurs savants : ne raconte pas ta vision à une femme et n’en parle pas avant le lever du soleil. La seconde est celle des gens de l’interprétation qui recommandaient d’attendre, du lever du soleil à la quatrième heure, ou de l’après-midi jusqu’avant le coucher. Le hadith, écrit Ibn Ḥajar, indique la recommandation d’interpréter avant le lever du soleil. Puis il ajoute une réserve : cela ne contredit pas leur avis, qui tient pour réprouvée l’interprétation aux heures où la prière elle-même est réprouvée.
Nous avons vérifié le passage dans le Fatḥ al-Bārī (éd. al-Salafiyya), au tome 12, pages 439 et 433. Ibn Ḥajar affaiblit bien les deux positions rapportées ci-dessus, et il ne contredit pas le conseil d’éviter les trois heures où la prière est déconseillée. La conclusion d’al-Ṭayyār demande donc à être nuancée sur ce point précis. Elle n’est pas pour autant écartée : la position rapportée d’Ibn Sīrīn reste sans preuve nommée, et le chapitre d’al-Bukhārī reste devant nous.
Numérotation propre à cette rubrique. Les livres cités ne numérotent pas leurs règles. Sources détaillées : les onze livres utilisés. Lexique des termes : glossaire.