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Règles du ta'bîr · question

Rêve à l’aube ou avant le fajr : plus véridique en islam ?

Les sources ne s’accordent pas. Ibn Qutayba al-Dīnawarī (raḥimahu Llāh) répond oui : pour lui, les rêves les plus véridiques sont ceux de l’aurore et de l’heure de la sieste. Ash-Shuwayer répond non : aucune heure ne rend la vision plus véridique qu’une autre. Selon lui, le hadith « la vision la plus véridique est à l’aube » est faible. Un article contemporain retient plutôt le printemps. Les sources parlent aussi d’un autre moment : celui où l’on interprète le rêve, de préférence après la prière de l’aube (le fajr). Le livre expose ces positions sans les départager.

Une règle, une réponse · règles 139, 140, 141, 142, 143

Ibn Qutayba : l’aurore et la sieste

Ibn Qutayba fait du moment de la vision son huitième procédé d’interprétation. Il lui donne deux effets.

Le premier touche au sens du symbole. Celui qui se voit à dos d’éléphant fait un effort énorme pour un résultat faible. S’il voit ce rêve pendant une sieste, il répudiera sa femme. Le vautour égyptien représente un homme stupide et ignoble ; vu pendant une sieste, il annonce une maladie. Le même symbole change donc de sens selon l’heure.

Le second effet touche à la fiabilité. Ibn Qutayba donne un classement :

Une réserve accompagne ce passage. Le livre n’en a pas le texte arabe : il vient de la traduction française de la thèse d’Umberto Cicchetti sur le Taʿwīl ar-ruʾyā.

Un article attribué à al-ʿUṣaymī compte lui aussi le moment de la vision parmi ce que l’interprète doit demander au rêveur. Si vous racontez un rêve, l’interprète peut donc vous demander quand vous l’avez vu.

Le printemps, selon un article contemporain

Le même article range parmi les fondements que l’interprète doit connaître que le printemps est l’un des meilleurs temps pour la vision. Il s’appuie sur une parole du Prophète ﷺ. Son texte figure dans le Ṣaḥīḥ (recueil authentique) d’al-Bukhārī (raḥimahu Llāh), n° 7017, d’après Abū Hurayra (raḍiya Llāhu ʿanhu) : « quand le temps approche, la vision du croyant ne mentira presque plus, et la vision du croyant est une part sur quarante-six de la prophétie. » L’auteur de l’article explique cette approche du temps par l’égalité du jour et de la nuit, qui advient surtout au printemps.

L’article écrit « quand le temps se rapproche » et attribue le hadith à Muslim. Cette forme ne se lit dans aucun des deux Ṣaḥīḥ. Al-Bukhārī écrit « approche » avec « le croyant », au n° 7017. Muslim écrit « approche » avec « le musulman », au n° 2263. At-Tirmidhī, n° 2270, et Abū Dāwūd, n° 5019, écrivent « approche » avec « le croyant ». La forme la plus proche de celle de l’article que le livre ait trouvée est chez Ibn Mājah, n° 3917. Le livre imprime donc le texte d’al-Bukhārī.

Deux précisions s’ajoutent. D’abord, l’attribution de l’article au cheikh Fahd al-ʿUṣaymī n’est pas certaine. Ensuite, l’explication par l’égalité du jour et de la nuit ne vient pas de l’auteur de l’article. Abū Dāwūd la donne lui-même après son n° 5019 : il glose le mot par le rapprochement de la nuit et du jour jusqu’à leur égalité. L’auteur de l’article y ajoute seulement le lien avec le printemps. Les commentateurs donnent d’ailleurs d’autres explications de « l’approche du temps ».

Ash-Shuwayer : aucune heure n’est privilégiée

On a interrogé ash-Shuwayer sur d’éventuelles différences entre les moments de la nuit et du jour. Sa réponse, orale, tient en trois temps.

Il cite d’abord le hadith rapporté par Aḥmad dans son Musnad (son recueil de hadiths) : « la vision la plus véridique est à l’aube. » Ce hadith ne figure dans aucun des deux Ṣaḥīḥ. On le trouve chez at-Tirmidhī, n° 2274, d’après Abū Saʿīd al-Khudrī (raḍiya Llāhu ʿanhu), et les jugements des spécialistes du hadith s’y partagent. Ash-Shuwayer le déclare faible et inauthentique. Puis il conclut : la vision, de nuit comme de jour, est tout entière une ; il n’y a pas de différence entre les moments en règle générale.

Il réserve un seul cas, et de façon étroite. Certains interprètes ont observé des particularités chez tel individu, en lien avec la prédominance de la bile noire ou de la bile jaune selon ce dont il mange beaucoup. Cela relève de la personne, pas d’une règle qui vaut pour tous.

Le livre place ces positions côte à côte parce qu’elles se contredisent. L’une retient le printemps, sur un hadith d’al-Bukhārī relatif à la saison. L’autre nie toute différence générale entre les moments et juge faible le hadith relatif à l’heure. Les deux hadiths ne sont pas les mêmes, et les deux affirmations ne portent pas tout à fait sur le même objet. Le livre note ce point et laisse la décision à plus savant.

Raconter son rêve après la prière de l’aube

Le moment où l’on rêve et le moment où l’on interprète sont deux questions distinctes. D’après le hadith de Samura ibn Jundub (raḍiya Llāhu ʿanhu), le Prophète ﷺ interrogeait ses Compagnons sur leurs visions après la prière du matin.

Al-Mazrūʿī, en commentant ce hadith, cite Ibn Ḥajar (raḥimahu Llāh). Le hadith montre qu’on doit s’occuper de la vision en la demandant. Il montre aussi le mérite qu’il y a à l’interpréter, et la recommandation de le faire après la prière du matin, parce que c’est l’heure où l’esprit est rassemblé. Sa note renvoie au Fatḥ al-Bārī (12/446).

Al-Ṭayyār rapporte d’al-Muhallab (raḥimahu Llāh), par Ibn Ḥajar, quatre raisons de cette préférence. Le rêveur garde alors sa vision : son contact avec elle est récent, et l’oubli ne l’a pas encore atteinte. L’esprit de l’interprète est disponible, peu occupé par les pensées du gagne-pain. Le rêveur apprend à temps ce qui le concerne : il se réjouit du bien, se garde du mal et s’y prépare.

Buwāḥ ajoute un avis personnel, qu’il signale par un « je dis ». L’interprète travaille aux heures où l’esprit est clair, l’âme reposée et le cœur libre des occupations de ce monde. Le meilleur moment pour cela est après la prière de l’aube.

Et les heures où la prière est déconseillée ?

Des interprètes soutenaient qu’il faut éviter d’interpréter à ces heures, et l’avis est rapporté d’Ibn Sīrīn (raḥimahu Llāh). Dans les termes d’al-Ṭayyār, ces heures sont : après la prière du matin, après celle de l’après-midi, et avant le zénith.

Al-Ṭayyār juge cet avis sans preuve. Le Ṣaḥīḥ d’al-Bukhārī contient selon lui de quoi l’invalider : al-Bukhārī y a intitulé un chapitre « L’interprétation de la vision après la prière du matin », suivi du hadith de Samura ibn Jundub. Le livre a collationné ce titre : il est exact, c’est le dernier chapitre du livre de l’interprétation, et le hadith qui le suit porte le n° 7047.

Ibn Ḥajar, cité par le même al-Ṭayyār, ne va pas tout à fait dans le même sens. Il voit dans ce chapitre l’indice de la faiblesse de deux positions. La première vient d’un récit transmis par ʿAbd ar-Razzāq, de Maʿmar, de Saʿīd ibn ʿAbd ar-Raḥmān, d’après certains de leurs savants : ne raconte pas ta vision à une femme et n’en parle pas avant le lever du soleil. La seconde est celle des gens de l’interprétation qui recommandaient d’attendre, du lever du soleil à la quatrième heure, ou de l’après-midi jusqu’avant le coucher. Le hadith, écrit Ibn Ḥajar, indique la recommandation d’interpréter avant le lever du soleil. Il ajoute que cela ne contredit pas leur avis, qui tient pour réprouvée l’interprétation aux heures où la prière elle-même est réprouvée.

Le livre a vérifié ce passage dans le Fatḥ al-Bārī (éd. al-Salafiyya), au tome 12, pages 439 et 433. Ibn Ḥajar affaiblit bien les deux positions, sans contredire le conseil d’éviter les trois heures où la prière est déconseillée. La conclusion d’al-Ṭayyār demande donc à être nuancée sur ce point. Elle n’est pas écartée pour autant : la position rapportée d’Ibn Sīrīn reste sans preuve nommée, et le chapitre d’al-Bukhārī reste bien là.

Ce que disent les autres règles

Ces cinq règles appartiennent au chapitre 8, « Le temps et le lieu ». Les règles 137 et 138 l’ouvrent : la saison et le lieu changent le sens d’un même symbole. Al-Shihāb al-ʿĀbir (raḥimahu Llāh) tire même de la saison la date où ce qui est annoncé arrivera. Les règles 139, 140 et 141 traitent de l’heure du rêve et de sa fiabilité. Les règles 142 et 143 traitent de l’heure de l’interprétation. Le chapitre 7, sur l’état du rêveur, complète cet ensemble : Buwāḥ range le temps et le lieu parmi les éléments d’où l’on tire l’indice de cet état.

En bref

Les sources ne disent pas d’une seule voix qu’un rêve vu à l’aube est plus véridique qu’un autre. Ibn Qutayba place l’aurore et la sieste en tête, un article contemporain retient le printemps, et ash-Shuwayer nie toute différence générale en jugeant faible le hadith de l’aube. Le livre expose ces avis sans trancher. Le repère le plus net concerne l’interprétation : le Prophète ﷺ interrogeait ses Compagnons sur leurs visions après la prière du matin.

Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.

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