Quatre cas entre le dehors et le dedans du rêve
Al-Shihāb al-ʿĀbir et al-Miftāḥ distinguent les mêmes quatre cas, avec des exemples différents. Le dehors, c’est l’apparence du rêve, ce qu’il donne à voir et à ressentir. Le dedans, c’est ce qu’il annonce.
- Bon dehors et bon dedans : parler à Allah, à un ange ou à un prophète sous une belle forme, se voir dans le Ḥaram (l’enceinte sacrée). Ce rêve vaut pour la sécurité et pour un besoin satisfait.
- Bon dehors et mauvais dedans : écouter de la musique, sentir des fleurs, rire.
- Mauvais dehors et bon dedans : épouser en rêve une femme que la Loi interdit. Ce rêve vaut pour la piété, pour un lien de parenté renoué, pour le pèlerinage.
- Mauvais dehors et mauvais dedans : la morsure du serpent, la brûlure, la noyade, la maison qui s’effondre.
Les deux cas du milieu répondent à votre question. Une scène douce peut porter un mal. Une scène qui choque peut porter un bien. Le livre en tire une conclusion nette : l’interprète qui s’arrête à l’impression laissée par le rêve se trompe une fois sur deux.
Le rire en rêve, un plaisir au mauvais dedans
Al-Miftāḥ range le rire parmi les visions au bon dehors et au mauvais dedans. Il appuie ce classement sur un verset : « Qu’ils rient un peu et qu’ils pleurent beaucoup en récompense de ce qu’ils se sont acquis » (at-Tawba 9:82).
La musique et le parfum des fleurs figurent dans la même case. Ces rêves laissent un souvenir plaisant. Leur agrément ne dit rien de ce qu’ils annoncent.
Le cas inverse mérite la même attention. Un rêve de mariage avec une femme interdite peut troubler celui qui le voit. Le livre le range pourtant parmi les visions au mauvais dehors et au bon dedans : piété, parenté renouée, pèlerinage.
Ce que le symbole vous fait compte plus que ce qu’il est
Al-Shihāb al-ʿĀbir classe les animaux avant de les interpréter. Ceux dont les hommes tirent profit d’ordinaire, chevaux, mulets, ânes, moutons, sont un bien absolu. Ceux qui nuisent d’ordinaire, fauves, serpents, scorpions, sont un mal absolu.
La règle 150 fait céder ce classement devant l’acte. Le livre la présente comme la règle la plus utile du chapitre.
Un animal qui indiquait le bien, s’il détruit, blesse un homme ou abat un mur dans le rêve, prend le statut de l’ennemi. Un animal qui indiquait le mal peut aussi changer de camp. S’il donne au rêveur du pain, du lait ou du miel, ou s’il le sauve d’un péril, il lui vaut un profit venu d’où il ne l’attendait pas. Il lui vaut aussi la sécurité là où il craignait. Il prend alors le statut de l’ami utile.
Le soleil lui-même suit cette règle. S’il brûle ou blesse le rêveur, il annonce un tourment venu de celui qu’il représente.
Voici le lien avec votre question. Un cheval ou un mouton forme une image paisible. S’il blesse un homme dans le rêve, il ne garde pas son sens favorable. À l’inverse, le serpent qui apporte du lait n’est plus l’ennemi du dictionnaire.
Un même acte change de sens selon la Loi
La règle 160 juge l’acte vu en rêve par sa conformité aux prescriptions. Un même acte change de sens selon qu’il les respecte ou les contredit.
Le livre l’applique d’abord à l’abattage. Égorger une bête dans les règles, pour la manger ou pour en faire profiter les gens, annonce un bien. Égorger hors du lieu de l’abattage, ou égorger une bête interdite et la donner à manger aux gens, annonce de l’argent illicite. Si l’homme est juge, il jugera à faux. S’il est commerçant ou vit d’un métier, son gain sera illicite.
Nourrir des gens paraît généreux. Si la bête servie est interdite, le livre y lit pourtant un gain illicite. L’apparence de l’acte ne décide pas, sa conformité à la Loi décide.
Le corps suit la même logique. Voir trop longs les ongles, la moustache, les poils du pubis ou des aisselles annonce soucis, tourments et dettes, parce que cela contrevient aux prescriptions. Les couper annonce la fin des soucis, un surcroît de bien, les dettes acquittées. L’auteur donne le motif à voix haute : le suivi des prescriptions. La circoncision entre dans la même règle chez celui qui la tient pour un acte de rapprochement.
Ce que disent les autres règles
Ces trois règles appartiennent au chapitre 9, consacré aux principes qui gouvernent les symboles et tiré presque entièrement d'al-Badr al-Munīr. La règle 144 ouvre ce chapitre. La règle 145 précise que tout ce qui est vu n’est pas un symbole, et la règle 146 qu’aucun symbole ne se tranche sans son indice. La règle 150 s’appuie sur le classement des animaux de la règle 149. La règle 151 juge l’acte par son effet sur les gens, et la règle 153 lit le sens dans la direction du changement. La règle 169 rejoint la 144 sous un autre angle : ce dont le dehors contredit le dedans vaut pour le mensonge. L’état du rêveur, autre indice, fait l’objet du chapitre 7.
En bref
Un rêve agréable peut annoncer un mal, et un rêve pénible peut annoncer un bien. Al-Shihāb al-ʿĀbir et al-Miftāḥ distinguent quatre cas selon que le dehors et le dedans du rêve s’accordent ou non. Ce que le symbole fait au rêveur l’emporte sur ce qu’il est. L’acte vu se juge par sa conformité à la Loi, et l’impression au réveil ne suffit jamais pour conclure.
Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.