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Règles du ta'bîr · question

Pourquoi le même rêve n’a pas le même sens pour tous en islam

Parce qu’en islam, un symbole de rêve n’a pas de sens fixe. Al-Shihāb al-ʿĀbir al-Maqdisī (raḥimahu Llāh, mort en 697 H) le pose dans son al-Badr al-Munīr fī ʿilm at-taʿbīr : le même objet se juge selon l’état de celui qui le voit. La langue du rêveur, sa religion, son métier, son rang, sa conduite et ce qui lui convient font varier le sens. Ibn Sīrīn (raḥimahu Llāh) a ainsi annoncé le pèlerinage à un homme et une accusation de vol à un autre, pour le même rêve.

Une règle, une réponse · règles 131, 132, 133, 134, 135

Deux hommes, un même appel à la prière

Al-Baghawī (raḥimahu Llāh) rapporte ce cas. Deux hommes vinrent raconter à Ibn Sīrīn la même vision : chacun s’était vu faire l’appel à la prière, l’adhān. Le récit était le même mot pour mot. Ibn Sīrīn annonça au premier le pèlerinage, au second une accusation de vol.

Il a donné sa raison lui-même. Chez le premier, il a vu une bonne conduite. Il a donc interprété par le verset « Et fais aux gens une annonce pour le Hajj » (al-Ḥajj 22:27). Chez le second, il n’a pas vu la même chose. Il a interprété par le verset « Ensuite un crieur annonça : “Caravaniers ! vous êtes des voleurs” » (Yūsuf 12:70).

Les deux versets emploient le verbe adhdhana, celui de l’adhān : c’est ce mot qui relie la vision aux deux lectures. Al-Madrī retient le même critère. Si celui qui interroge compte parmi les gens droits, l’interprétation retenue est le pèlerinage.

Le symbole ouvrait deux portes. La conduite du rêveur a désigné laquelle.

Un symbole sans sens fixe

Al-Shihāb al-ʿĀbir ouvre par la langue. Le coing vaut honneur, beauté et repos pour qui parle persan, parce qu’il se nomme dans cette langue bahī. Pour les Arabes et pour qui vit parmi eux, il annonce le voyage et l’exil. Viennent ensuite d’autres états :

Son commentaire ramasse tout cela en un ordre : jugez le même objet selon l’état de celui qui le voit. Le tissu fin, par exemple, vaut tourment en hiver ou chez un malade du froid, et aisance en été. Il annonce un mariage doux au célibataire et la guérison à celui qui porte des plaies. Si plusieurs personnes d’états différents rapportent la même vision, le jugement change avec l’état.

Les interprètes s’accordent sur ce point

Saʿīd Buwāḥ, dans son Miftāḥ fī ʿilm taʿbīr ar-ruʾyā, en fait l’un de ses deux indices : la qarīnat al-ḥāl, l’indice de l’état. On le prend dans la situation réelle du rêveur, dans le temps ou dans le lieu.

Son exemple couvre quatre cas. Un homme se voit acheter un vêtement. Célibataire, il se marie. En quête d’un emploi, il en trouve un. Malade, et le vêtement neuf, il guérit. Et si le vêtement était blanc, peut-être meurt-il.

Buwāḥ cite Ibn Qutayba al-Dīnawarī (raḥimahu Llāh), qui donne la raison de fond. Toute science a des fondements qui ne changent pas, sauf l’interprétation des rêves. La vision se déplace avec les états des gens, leurs métiers, leurs rangs, leurs religions, leurs ambitions, et avec les heures et les époques. Ibn Qutayba en tire une conséquence dure : le même rêve présage la miséricorde pour certains et le tourment pour d’autres.

Ash-Shuwayer rapporte d’Ibn Qutayba que les interprètes s’accordent là-dessus. Il ajoute que le sens change jusqu’avec le dialecte du rêveur. Al-Madrī en fait son neuvième fondement : l’homme droit ne vaut pas le pervers dans l’interprétation, et la femme ne vaut pas l’homme.

Demander qui rêve : caractère, rang, religion

Ibn Qutayba clôt ses conseils de méthode par une phrase qui renverse l’ordre habituel. Le tempérament des gens agit sur le rêve, leurs habitudes s’y montrent, et cela compte plus que le symbole. Sa consigne : demander la nature de l’homme et ses habitudes. Une réserve : ce passage ne nous est pas parvenu en arabe, mais par la traduction française de la thèse d’Umberto Cicchetti sur le Taʿwīl ar-ruʾyā d’Ibn Qutayba.

Al-Ṭayyār en fait le huitième de ses points de contrôle : interpréter selon le rang des gens, leur école juridique, leur religion et leur pays, en demandant à Allah la réussite et la justesse.

Al-Shihāb al-ʿĀbir applique la règle au rang réel. Celui qui accomplit en rêve un travail plus élevé que le sien obtient puissance, élévation et fortune : c’est le lettré qui se voit enseigner, prêcher, diriger la prière ou juger. Celui qui accomplit un travail plus bas tombe vers la pauvreté et le tourment : c’est l’orfèvre qui se voit travailler le fer, ou le marchand de perles qui se voit vendre de la verroterie.

La religion suit le même principe. Ce qui arrive aux églises et aux temples revient à leurs gens, comme ce qui arrive à la mosquée revient aux musulmans. L’auteur le dit en une ligne : donne à chaque communauté ce qui lui convient. Un chrétien lui dit s’être vu manger le Messie. Il lui répondit qu’il avait volé une croix d’or, l’avait vendue et avait mangé son prix ; l’homme confirma. Un juif lui dit avoir vu Mūsā ibn ʿImrān (ʿalayhi s-salām) derrière son dos. Il lui répondit qu’il avait abandonné une part de la Torah qu’il gardait par cœur, et que sa religion allait changer. Cet homme devint musulman.

Le grand fondement : ce qui vous convient

Al-Shihāb al-ʿĀbir tient pour un grand fondement que ce qui convient au rêveur est de bon augure. Il ajoute que la plupart des praticiens de cette science le négligent.

Il l’établit d’abord sur les cheveux blancs. Le jeune homme à qui le blanc sied, comme les savants, les pauvres et les gens de religion, voit sa barbe blanchir : il obtient un bien, un rang et une élévation. La raison vient de l’histoire d’Ibrāhīm (ʿalayhi s-salām). Voyant le premier blanc dans sa barbe, il demanda ce que c’était ; il lui fut révélé que c’était sa dignité. Il demanda qu’elle fût augmentée, et sa barbe devint blanche comme du coton. Chez celui qui ne recherche pas le blanc, comme le soldat et la femme, la même vision annonce soucis, tourment, gagne-pain arrêté et querelle entre les époux.

Il élargit ensuite au rasage. Se raser la barbe ou la tête est un bien et la fin d’un tourment chez celui qui apprécie cette pratique, un tourment et une perte chez celui qui la déteste. Il avertit : il n’est pas permis de négliger ce fondement, car la plupart des interprètes ont déclaré le rasage mauvais, et ce n’est pas exact. La règle ne joue que si le rêveur n’avait pas déjà décidé de se raser. S’il était déjà rasé, ou s’il l’avait décidé, il n’y a pas de jugement à rendre.

Le principe dépasse le corps : ce qui convient au rêveur est loué, ce qui ne lui convient pas est blâmé.

Ce que disent les autres règles

Les règles 131 à 135 ouvrent le chapitre 7 du livre, consacré à l’état du rêveur. La règle 136 les prolonge : le même symbole dit une chose et son contraire. Se voir mourir annonce le tourment à qui n’est pas dans la détresse, et la fin prochaine de son épreuve à qui est déjà dans le tourment. Le lieu et la saison font le chapitre 8. Les principes qui gouvernent les symboles, réunis au chapitre 9, viennent après ces règles de l’état.

En bref

Le même rêve change de sens parce que le symbole se lit à travers celui qui le voit. Sa langue, sa religion, son métier, son rang, sa conduite et ce qui lui convient orientent la lecture. Ibn Sīrīn a lu le même appel à la prière comme un pèlerinage pour l’homme de bonne conduite et comme une accusation de vol pour l’autre. Un interprète qui tranche un symbole sans avoir demandé qui rêve travaille sur la moitié du rêve.

Cette page s'appuie sur le livre « Interpréter les rêves en islam sans se tromper » (204 règles), dont le texte intégral est publié chapitre par chapitre dans cette rubrique. Sources : les onze livres utilisés. Termes : glossaire.

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